« Crimgo » se lance à l’assaut des pirates de l’ouest-africain

Une équipe de la marine nigériane, formée par les Britanniques (crédit : ministère britannique de la Défense)

(BRUXELLES2) Face à la persistance d’une piraterie maritime dans le Golfe de Guinée, l’Union européenne a décidé d’enclencher un nouveau projet pour renforcer « la sûreté et la sécurité des routes maritimes » entre les pays africains du Golfe. Le commissaire Andris Piebalgs, chargé du Développement, vient de l’annoncer, jeudi (10 janvier). La région souffre, en effet, actuellement d’un « manque de coordination entre les gardes-côtes et entre les différentes régions » estime-t-on coté européen. De plus il n’existe pas « encore de norme commune de formation maritime et le partage d’informations entre les pays concernés est insuffisant ». Un constat partagé par la plupart des experts du sujet, selon nos informations.

Un risque de piraterie persistant

Alors que la piraterie maritime tend à se tarir dans l’est de l’Afrique, elle continue d’exister et même de croitre dans l’ouest. Le dernier incident n’est pas lointain. Fin décembre, 3 marins italiens du MV Asso Ventuno avaient été pris en otages au large du Nigeria, ils viennent juste d’être libérés mercredi (9 janvier), officiellement « sans verser de rançon » (? :-). Rien qu’au Nigéria, quelque 98 actes de piraterie, de vols à main armée commis en mer et de pollution maritime ont été enregistrés entre 2008 et 2012. Le tout dans une région qui a un intérêt stratégique pour les Européens. Selon les données économiques, le Golfe de Guinée « représente actuellement 13 % des importations de pétrole et 6 % importations de gaz dans l’UE ».

Formation et réseau d’information

Le programme CRIMGO – tel est son nom – comme « routes maritimes critiques du Golfe de Guinée » – aura deux pistes d’action principales : 1) la formation des gardes-côtes, 2) la mise en place d’un réseau permettant l’échange d’informations entre les pays et les agences de la région. Il devrait être mis en oeuvre dans sept États de l’Ouest africain (Bénin, Cameroun, Guinée équatoriale, Gabon, Nigéria, Sâo Tomé-et‑Principe et Togo). Et il va être mené essentiellement par les services ministériels de plusieurs pays (France, Portugal, Espagne, Royaume-Uni) et des universités (Finlande, Italie, Pologne) (*). Le budget dégagé au niveau européen est de 4,5 millions d’Euros. Démarrage : dès ce mois-ci annonce la DG Développement.

Pas une mission PeSDC

Commentaire : Il ne s’agit pas ici d’une mission PeSDC (des structures de gestion de crise) – comme dans l’Est de l’Afrique (EUCAP Nestor). Mais bel et bien, du déblocage d’un financement, au titre du programme « routes critiques » (**), dans le cadre de l’Instrument de stabilité, conduit par la DG Développement et non par le Service diplomatique européen (SEAE). Ce qui pose quelques problèmes de coordination. Et mérite une interrogation sur la cohérence de l’action européenne en la matière comme sur leur complémentarité ou leur concomitance, ou leur… concurrence. J’y reviendrai !

(*) Parmi les partenaires du projet figurent en effet France Expertise International (un établissement public dépendant du Quai d’Orsay) ainsi que la Direction de la coopération de sécurité et de défense du Quai, la Direção-Geral de Política do Mar (portugaise), la Fundación Internacional y paralberoamérica de Administración y Políticas Públicas (espagnole), le Foreign Office (britannique) ainsi que la Satakunta University of Applied Sciences (Finlande), l’International Maritime Safety Security Environment Academy (Italie) et la Szczecin Maritime University (Pologne).

(**) Le programme « routes maritimes critiques » a vu le jour en 2009 et a concentré ses activités sur l’Asie du Sud-Est, l’ouest de l’océan Indien et le Golfe de Guinée. Il a pour objectif d’améliorer la sécurité et la sûreté en mer et d’aider ainsi à rendre plus sûres les voies de navigation et de transport marchand.  A long terme, il vise à améliorer la gouvernance maritime. Son budget reste modeste. Depuis son lancement, 16 millions € ont été alloués à ces activités.