L’homme qui répare les femmes : l’histoire inhumaine des femmes à l’est du Congo

(BRUXELLES2) L’offensive du M23 dans l’est de la République Démocratique du Congo a ranimé une guerre qui ravage la région des Grands Lacs depuis plusieurs dizaines d’années. Le livre du Dr. Denis Mukwege, L’homme qui répare les femmes, n’est pas seulement l’histoire d’un homme, mais raconte l’histoire de toute sa régi du Kivu.

De 1967, où, encore jeune garçon, il suit son père, pasteur, porter assistance spirituelle à une population pauvre et encore colonisée, jusqu’à 2012 où le garçon devenu gynécologue porte à son tour assistance à celles qui ont subi les violences sexuelles de la guerre. Une histoire complexe et effroyablement meurtrière, racontée parfois crûment par la journaliste Colette Braeckman. On y découvre, à travers toute l’intimité que le docteur entretient avec l’histoire du Kivu, la première et la deuxième guerres du Congo, les flux de réfugiés, les forces en présence, les négligences des uns, la rancoeur des autres, l’histoire de Kabila, Kagame, Ntaganda et beaucoup d’autres.

Trois constantes semblent pourtant persister à travers les âges, les violences sexuelles faites aux femmes, le rôle du gouvernement rwandais ainsi que l’inertie et le cynisme de la communauté internationale. On réalise le degré avec lequel les violences sexuelles, perpétrées à des fins stratégiques, pensées en tant qu’arme de guerre par tel ou tel officier, ont pris une place effarante aux côtés des Kalashnikovs. « En quelques instants, ces gens ne sont pas seulement tués. Ils sont battus à mort, mutilés, poignardés. L’épouse de Mwawi est éviscérée, les deux foetus jetés au sol. Le coeur du jeune chef est arraché, des enfants sont fracassés contre les murs« .

Plus connue des Belges, moins connue du reste de l’Europe, le livre narre le rôle qu’a joué l’armée française dans le conflit, lors de l’opération turquoise, mais également l’armée américaine et, bien-sûr, la MONUSCO, ces « véhicules blancs qui ne s’arrêtent pas« .

Mais l’intérêt de la lecture ne se retrouve pas que dans les moments tragiques. La journaliste y raconte les initiatives locales et internationales. L’émotion des occidentaux, visitant les différents centres hospitaliers. Leurs engagements et la voie à suivre pour inverser les tendances et changer les mentalités.

Le 20 novembre dernier, lors de la chute de Goma aux mains des rebelles du Mouvement du 23 mars, plusieurs rapports ont accusé les troupes gouvernementales d’avoir, dans leur déroute, violé des dizaines de femmes sur leur chemin, par rage, par épuisement, et – on le comprend au fil des pages – par habitude. Pourtant le docteur Mukwege cherche à faire passer  un autre message. « Les Congolais ne sont pas des violeurs congénitaux« . Mais le conflit le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale, pour reprendre les mots exacts de l’ONU (4 millions de morts jusqu’en 2002), a laissé des traces. Les propos ne sont pas toujours faciles à lire. Ils sont toujours d’actualité.

Faut-il encore présenter Colette Braeckman. En charge de l’actualité africaine et plus particulièrement de l’Afrique centrale, au quotidien belge Le Soir, elle est également chroniqueuse dans des revues et magazines, dont Le Monde Diplomatique. Et on ne peut que recommander chaudement la lecture de son carnet de bord.

« L’homme qui répare les femmes » (éditions André Versailles et GRIP, 2012, 156 p, 14,90€)

Damien Kerlouet

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