Le prix Nobel remis à une Europe diverse et (en partie) pacifiée

(BRUXELLES2, opinion) La remise du prix Nobel à l’Union européenne a lieu aujourd’hui à Oslo en présence des « trois présidents » : JM Barroso (pour la Commission), H. Van Rompuy (pour le Conseil européen) et M. Schulz (pour le Parlement européen). François Hollande et Angela Merkel, Elio di Rupo feront le déplacement comme la plupart des chefs d’Etat et de gouvernement des « 27 ».

La prouesse de l’UE : faire passer les conflits du champ de bataille aux couloirs du Conseil

On peut bouder comme l’ont fait quelques dirigeants de plusieurs pays — le Royaume-Uni et la république Tchèque notamment, dont l’agenda des dirigeants est apparemment…  trop chargé. On peut aussi railler ou ironiser cette présence en nombre. On peut aussi la prendre comme le souci du continent à la fois de préserver son unité (l’Union européenne) et sa diversité (les Etats restent avec leur approche, leur culture si différente). On peut aussi être surpris de la remise d’un prix à l’Union. Quand la nouvelle est tombée il y a plusieurs semaines, j’ai été bousculé.

La crise non seulement économique mais aussi politique et sociale ronge l’Europe. Cette « communauté de destin » se cherche un second souffle et une partie de son âme. Et l’idéologie développée – qui se réduite à la lutte contre l’inflation et la dette – est bien bien éloignée des objectifs initiaux. Mais contrairement à ce que disent les détracteurs de l’Europe, celle-ci avec tous ses défauts, ses lenteurs, ses contradictions a réussi cette prouesse : pacifier une partie du continent en faisant passer les conflits du champ de bataille aux couloirs du Conseil européen. C’est beaucoup moins « fun » mais moins sanglant. Mais c’est bien réel. La limitation des souverainetés (c’est une réalité) s’est faite sans asservir chacune des nations. Et, en dehors du continent, cela peut être pris comme un « modèle » pour un conflit. Rien que pour cela, l’Europe mérite ce prix.

L’atténuation des conflits nationaux

L’ouverture des frontières a limité voire totalement atténué les problèmes de répartition des peuples de frontières parfois artificielles. Il en est ainsi des « cantons germanophones » en Belgique comme du tracé de la frontière entre l’Allemagne et la Pologne sur l’Oder. Sans cette ouverture, la résorption du conflit ancestral en Irlande du Nord n’aurait pas pu vraiment se faire. Et d’autres auraient ressurgi à la moindre incartade nationaliste. C’est difficile effectivement de faire le bilan de la « Non Europe » dans ce domaine. Mais on peut être sûr que ce qui a donné lieu jusqu’ici à quelques rodomontades d’un chef de gouvernement irrascible (Orban en Hongrie par exemple) aurait pu donner lieu à quelques échauffourées mortelles.

Un génocide malgré tout

Dans cette célébration que l’Union a apporté à l’Europe plus de 50 années de paix, où chacun va donner de sa voix, il ne faut cependant pas oublier que l’Union ne s’arrête pas aujourd’hui aux frontières définies des 27 mais déborde de celle-ci. Il y a juste vingt ans, la commission des Droits de l’homme de l’ONU reconnaissait l’existence d’un génocide dans les pays d’ex-Yougoslavie… Le deuxième sur le continent dans le siècle. Un génocide que l’Europe n’a pas pu ni prévenir ni empêcher.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).