L’appel de K. Georgieva à l’opposition : faciliter l’accès de l’aide humanitaire en Syrie

(BRUXELLES2) Kristalina Georgieva, la commissaire européenne chargée de l’Aide humanitaire, est en déplacement de trois jours au Liban et en Jordanie. Avant son départ, elle nous a confié son sentiment sur la situation.

Vous allez sur place une nouvelle fois, pourquoi ?

Oui. Le nombre de réfugiés atteint aujourd’hui 550.000 personnes. Ce qui fait une énorme pression sur les pays voisins : le Liban, la Jordanie, la Turquie. Ce chiffre ne reprend que les personnes enregistrées officiellement. Un certain nombre – qu’on peut estimer à au moins 200 à 300.000 personnes – ne sont pas enregistrées. Ils sont souvent accueillis dans les familles. Les populations locales ont un vrai sens de la solidarité. Mais cela pèse et il faut les aider.

Comment les aider?

Ce n’est pas facile. Dans les camps, il y a des structures, des canaux pour acheminer l’aide et la distribuer. En dehors, c’est plus compliqué. On doit mener un travail avec des organisations locales pour faciliter la distribution d’aide concrète, de cash aussi… Il y a aussi des gens plus vulnérables qui ne sont pas automatiquement les plus visibles et sont accueillis un peu partout. Je veux donc me rendre compte sur place et surtout saluer le travail des familles, des volontaires qui les aides qui est formidable…

L’Europe contribue-t-elle assez ?

Oui. Pour l’instant. Nous sommes le premier contributeur pour l’aide en Syrie. Ensemble — le budget communautaire et celui des Etats membres — nous avons déjà versé 370 millions d’euros (*). 22 sur les 27 ont fait une contribution

Et en Syrie, comment l’aide humanitaire parvient sur place ?

La situation est mauvaise. Nous avons dû réduire nos équipes, sur place. Nous ne pouvons donc pas fournir toute l’aide que nous voulons. Il y a un problème d’accès et de sécurité. Les risques sont réels. Depuis le début du conflit, 18 volontaires du Croissant Rouge syrien et d’autres ONG ont déjà trouvé la mort comme 8 personnels de l’ONU – du personnel local de l’UNWRA ou du HCR. Le CICR, lui-même, a réduit au minimal son équipe.

Vous dites : difficile d’accès, est-ce du fait de la position de Damas ?

Non. Ce n’est un problème de visas. Cette fois. Mais d’accès. On ne doit pas seulement négocier avec le gouvernement mais aussi avec les gouvernements locaux. Cela prend déjà plusieurs jours. Puis il faut négocier avec tous les groupes présents sur la zone. Il peut y avoir sur un même lieu jusqu’à 21 brigades différentes, qui ont différents commandants et différents objectifs (certains veulent la démocratie, d’autres abattre le gouvernement, d’autres une république islamique…). La multiplicité des acteurs de commandements rend le travail très difficile.

Quel est votre message à l’opposition ?

Une opposition unie, avec un commandement uni, ou plus cohérent doit permettre de faciliter d’accès aux ONG. Dans les zones d’opposition, il faut aussi reconnaître le rôle spécifique des ONG, faciliter l’accès humanitaire. On est en relation avec les chefs de la coalition qui nous proposent de distribuer l’aide directement. On essaie de leur faire comprendre que l’aide humanitaire doit rester neutre et impartiale. C’est primordial. Elle ne doit donc pas être distribuée par les mouvements combattants.

(*) Le Royaume-Uni (64 millions d’euros) et l’Allemagne (47,3 millions d’euros), sont parmi les premiers contributeurs pour les États membres devant les Pays-Bas (22 millions d’euros), la Suède, (16,6 millions d’euros), la France (11 millions d’euros).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).