Moscou fournit Damas en billets de banque

(Crédit : Jim Gordon)

(BRUXELLES2) 240 tonnes de billets de banque. C’est un volume difficilement imaginable tant en poids qu’en trésorerie. Selon le site d’information Propublica, c’est pourtant la quantité de billets envoyée par la Russie au régime syrien de Bachar al-Assad entre le 9 juillet et le 15 septembre 2012. Selon les registres de demandes de survol récoltés par le site américain, huit allers-retours ont été effectués entre l’aéroport international de Damas et l’aéroport Vnukovo de Moscou, transportant chacun 30 tonnes de billets.

Il est impossible de savoir si les registres de vol sont exacts, c’est à dire de savoir si les appareils en question transportaient réellement et/ou uniquement des billets de banques, ni même de quelles devises s’agissait-il. Mais le régime de Damas pourrait avoir besoin tout tant de devises nationales qu’étrangères. « La plupart des recettes gouvernementales vient de l’impôt et se tarit rapidement » explique Ibrahim Saif, un économiste-politique jordanien.

Les livres syriennes pour payer les salaires (de l’armée)

Outre le gel des avoirs des soutiens économiques du gouvernement, depuis septembre 2011 l’Union européenne a interdit d’imprimer des livres syriennes au sein de ses Etats membres. Des entreprises allemandes, belges et autrichiennes, qui frappaient jusqu’alors la monnaie de Damas, ont cessé cette activité. Mais, afin de financer la machine de guerre, le régime d’Assad a été trouver la liquidité quelque part. En juin 2012, l’agence de presse Reuters, citant quatre banquiers de la capitale syrienne, annonçait que la Russie imprimait de la monnaie syrienne. La dépêche était démentie par la Banque Centrale Syrienne afin d’amortir l’inflation déjà présente, expliquant que les billets imprimés en Russie ne servaient seulement qu’à remplacer des billets abîmés (leur nombre a dû augmenter à cause des bombardements !). En août 2012, c’était au tour du vice-ministre de l’économie, Qadr Jamil, et au ministre des Finances Mohammad al-Jleilati de qualifier le soutien financier russe de « triomphe sur les sanctions ».

Des devises étrangères pour le commerce extérieur

En matière de monnaie étrangères, la Banque Centrale Syrienne disposait de 17 milliards de dollars en monnaies étrangères avant la fin du conflit. Selon Propublica, elle n’en compterait plus qu’entre 6 et 8 milliards, dépensant environ 500 millions $ par mois. « Il est possible que les Syriens fassent l’acquisition de réserves de devises étrangères (…) afin de procéder à quelque commerce sérieux que ce soit », explique Juan Zarate, un spécialiste américain du financement terroriste, cité par le site d’information. Avant le conflit, c’était le tourisme et les ventes de pétrole qui approvisionnaient l’économie syrienne en devises étrangères. Deux secteurs aujourd’hui sévèrement amputés.

Un trajet de route inhabituel

Ce sont des Illyushin « Candid » (ou Illyushin II-76) de l’armée de l’air syrienne qui sont répertoriés comme ayant transporté des « billets de banque ». Avec la dégradation des relations turco-syriennes, ces huit appareils ont évité l’espace aérien turc – utilisé par les avions civils faisant la liaison Moscou-Damas – préférant effectuer une longue boucle via l’Azerbaïdjan, l’Iran et l’Irak. Il faut dire qu’un mois plus tard, le 10 octobre, la Turquie arrêtait et contrôlait le cargo d’un avion de ligne syrien provenant de Russie. Le site Propublica dit avoir vérifié les rapports de vol grâce aux archives de systèmes de suivi, à des photos amateurs ou encore à l’aide des enregistrements de contrôle aérien.

Retrouver ici la liste des documents de vol

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Damien Kerlouet

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