Le club des Cinq tisse ses liens

(BRUXELLES2) Les liens se tissent entre les ministres de la défense du Weimar+ (France, Allemagne, Pologne, Italie et Espagne). Alors que le Conseil des Affaires étrangères de l’Union européenne se tient le 19 avec sur leur table quelques dossiers bien chauds — Syrie, Mali, Moyen-Orient… — (détails sur Le Club) — les ministres de la Défense et des Affaires étrangères des cinq pays concernés se retrouvent jeudi à Paris, en conclave, invités par leurs homologues français, Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian.

Une première avant une réunion européenne

D’ordinaire, il y avait souvent des rencontres bilatérales (cf. la tournée de JY Le Drian), ou des initiatives communes ; rarement une initiative aussi complète. Cela montre que la concertation s’amorce entre ces pays. Il faudra attendre avant de dire “qu’elle s’approfondit” ou même parler de “coopération structurée”. Mais cette coopération n’est pas sans importance au niveau politique et économique, comme opérationnel. Même sans le Royaume-Uni, les cinq représentent la moitié des dépenses militaires de l’Union européenne et, surtout, presque 60% de la population européenne. Soit une quasi-majorité (si on prend en compte le principe de la majorité qualifiée) au Conseil. Ou du moins une majorité suffisante pour pouvoir impulser différemment le Conseil. Chacun sait bien aussi que demain ses moyens nationaux seront réduits. Les ministres de la Défense ne peuvent rien faire contre leurs homologues des Finances. Et la consigne est à l’économie… Ce demain pouvant être assez rapide dans quelques pays. Selon les informations communiquées à B2, le niveau d’entraînement des forces aériennes (nombre d’heures de vol par an) voire maritimes (nombre de jour de mer) semble déjà au-dessous de la norme OTAN en Italie. Et il pourrait l’être rapidement en Espagne. La coopération pourrait ainsi s’accélérer en matière d’entraînement ou de formation.

Enjeu : rétablir la confiance

L’enjeu de cette réunion est donc multiple. Il s’agit tout d’abord d’aboutir à un certain consensus entre les cinq mais surtout d’éliminer toute conflit, contradiction, voire irritation. En arrivant groupés, les cinq ont plus de chance de l’emporter. On sait ainsi que certains partenaires ont été, particulièrement, vexés de la tournure prise par l’alliance franco-britannique, notamment les Italiens et Allemands, mais aussi les Polonais. Une irritation d’autant plus sensible que la question des coupes budgétaires atteint aujourd’hui durement les budgets de défense, notamment en Espagne ou en Italie.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).