Turcs et Syriens se chamaillent. Dérapage contrôlé… Danger ?

(BRUXELLES2) Les récentes répliques turcs au bombardement syrien continuent. Et l’ambiance s’alourdit. « Le scénario du pire » est en train de se produire a expliqué le président turc Abdullah Gul, appelant les Turcs au patriotisme et à défendre leur territoire. Et l’interception hier soir (10 octobre) en plein ciel d’un A320 de la compagnie Syrian Air, en provenance de Moscou, intercepté par deux F-4 de l’armée de l’air turque et forcé d’atterrir à Ankara pour vérification de sa cargaison n’est pas fait pour rassurer. D’autant que les escarmouches continuent autour de la frontière, à coup de mortiers. Certes on peut évidemment interpréter ces circonlocutions turques comme à visées uniquement internes. Mais il faut toujours se méfier de ces situations où l’incertitude sur le terrain l’emprunte à des emportements verbaux.

Le principe de solidarité peut jouer

Au QG de l’Alliance atlantique, le secrétaire général Anders Fogh Rasmussen, est resté prudent à la sortie de la réunion des Ministres de la Défense mardi soir. Il a démenti toute planification spécifique. Mais il existe bien des plans en cas d’attaque de la Turquie. Et ceux-ci sont remis à jour. C’est le « principe de la solidarité. La Turquie peut compter sur la solidarité de l’Alliance. Nous avons tous les plans nécessaires pour protéger et défendre la Turquie. (Mais) nous espérons qu’il ne sera pas nécessaire d’activer ces plans. Et je ne voudrais pas entrer dans les détails » a expliqué Rasmussen, ajoutant : « Nous espérons une solution politique en Syrie. »

Il faut cependant se méfier des enchaînements de circonstances. La rhétorique guerrière en usage à Ankara pourrait prendre au piège les alliés si, par « mégarde », les bombes syriennes faisaient des dégâts de l’autre côté de la frontière. Le pire est ainsi à venir. Et dans cette épreuve de force, les Européens ne sont pas vraiment préparés… C’est comme cela que les conflits les plus graves ont démarré, par une succession d’escarmouches de plus en plus importantes.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).