L’Europe sévère vis-à-vis des « petits » cadeaux

Un vase en porcelaine chinois, une tapisserie offerte par le président ukrainien Yanukovych, un stylo de Gazprom… Le « registre des cadeaux » de la Commission européenne ressemble un peu à un magasin d’antiquités.

Cela peut paraître dérisoire. Mais c’est une des obligations imposées par le code de conduite dont la Commission européenne s’est doté fin 2004. Il faut dire que le séjour sur un yacht d’un richissime armateur grec par José-Manuel Barroso juste avant son entrée en fonction avait fait jaser.

Tout cadeau de plus de 150 euros doit ainsi être déclaré et remis au service du protocole. Ce code limite également le recours aux avions-taxis. Et tout trajet privé doit être payé sur sa cagnotte personnelle par l‘intéressé. Le recours aux services d’un chauffeur de la commission pour usage privé est strictement encadré. Et les séjours dans un hôtel ne sont remboursés que jusqu’à hauteur de 300 euros. Enfin quand un ex-commissaire trouve un poste en relation avec ses anciennes fonctions dans un délai d’un an, il doit obtenir l’autorisation d’un comité d’éthique pour vérifier l’absence de conflit d’intérêt.

Certes, tout n’est pas parfait. Et des dérapages sont encore constatés. Ainsi l’ancien commissaire Charlie McCreevy chantre de la libre concurrence, a retrouvé un job chez Ryanair. Et le commissaire à l’Industrie, Günther Verheugen a créé un cabinet de lobbying européen. Si tous deux ont juré qu’ils n’useraient pas de leurs anciennes relations, personne n’y croit vraiment…

Le code de conduite est donc en passe être durci. Le nouveau texte interdit plus précisément aux commissaires tout voyage aux frais de gouvernement ou d’entreprises. A Bruxelles, on ne badine pas, en effet, avec certaines coutumes. Et la pratique française du « Air Dictactor » – comme l’a récemment dénommé un média européen – est regardée avec un zeste de commisération.

Nicolas GROS-VERHEYDE.
Article paru dans Ouest-France

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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