Les Européens au pied du mur… reste le pooling and sharing !

(BRUXELLES2) Les Européens sont, en quelque sorte, aujourd’hui au pied du mur a expliqué Claude-France Arnould la directrice de l’Agence européenne de défense, venu expliquer, devant les députés de la sous-commission Défense mardi (9 octobre), combien le pooling and sharing avait de l’avenir. Les Etats-Unis ont des attentes très claires. Ils « veulent que l’Union européenne soit un « security provider », c’est-à-dire que nous prenions notre part du fardeau, que nous soyons capables d’intervenir de manière autonome». Ils disent qu’ils ne peuvent « plus tout le temps apporter les ressources nécessaires ». C’est tout l’intérêt du travail mené par l’Agence de défense européenne.

La grande force du Pooling and Sharing à l’Européenne

… c’est sa capacité à faire une « synergie avec les autres politiques de l’Union » a expliqué Claude-France Arnould. Elle permet « des actions duales » (c’est à dire ni proprement militaire, ni proprement civile) sur la sécurité, et de dresser « des parallèles entre les capacités de l’UE et ses règlements » (par exemple sur les drones). La mise en place de la Task Force « Défense » à la Commission en est un autre exemple. «Nous pouvons également travailler sur la base industrielle. Il y a un lien entre la santé de notre industrie et les besoins de nos forces.» C’est un secteur qui contribue à l’emploi et à l’économie, dans chaque Etat membre, a insisté CF Arnould.

Une condition : offrir un service à la carte, s’adapter

L’autre grand atout du Pooling and sharing, c’est son adaptabilité aux souhaits et besoins des nations. « Nous nous sommes efforcés d’être aussi pragmatiques que possible», y compris sur les questions de la souveraineté. Les Etats membres veulent « de la disponibilité » mais ils « ne veulent pas d’automatisme et souhaitent un certain niveau de solidité à la coopération », notamment concernant la sécurité de l’approvisionnement. « Il faut s’assurer que nous opérons dans des capacités où les Etats membres sont prêts à jouer le jeu et (…) valider cette coopération sur la base de projets concrets ». Il faut offrir en quelque sorte un service « à la carte ».

Une difficulté : garder une cohérence d’ensemble

Toute la difficulté est justement là, selon CF Arnould. Si la coopération est toujours « à l’origine un processus bilatéral ou entre quelques Etats membres » — le même constat est fait à l’Otan —, il faut aussi garder un « certain degré de cohérence, de coopération et partage des meilleures pratiques, pour s’assurer qu’il n’y aura pas de duplication » entre chacun des projets des Etats. C’est tout le sens du projet de l’Agence européenne de défense, que de publier un rapport annuel. Dégager la volonté politique n’est pas le plus compliqué souvent. Le problème est parfois ailleurs. « Les machines bureaucratiques doivent comprendre la valeur ajoutée de l’Agence et aider les Etats membres dans leurs quêtes et leurs efforts ».

Certes certains ministres peuvent être sceptiques ou irrités par cette conception du pooling and sharing : «A Nicosie j’ai pu leurs parler. Leur première appréhension est de voir le P&S être un alibi pour des réductions de budget. C’est une crainte que je comprends, mais le but n’est pas de faire plus avec moins. C’est de faire plus». Le deuxième élément, c’est de croire que ça compliquera les choses, il faut démontrer le contraire. Par exemple, pour la guerre des mines, l’EDA a étudié les besoins et tout de suite la France et le Royaume-Uni ont adapté cette « brique toute prête » et l’ont mis dans les mains de l’OCCAR. «Il faut traiter ces points de craintes et non les minimiser ».

Damien Kerlouet

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