Exit EADS BAE. Faut-il sortir son mouchoir ?

(BRUXELLES2) Ils ont passé quelques nuits ensemble un soir d’été, se sont trouvés à leurs goûts, mais leurs parents ont mis le hola… C’est çà en quelque sorte la triste histoire de la fusion ratée BAE + EADS. Est-ce une raison pour pleurer à chaudes larmes ? Faut-il voir un drame absolu ? La preuve de l’échec de l’Europe de la Défense. La mort de l’esprit européen, etc. ? Stop… Je n’y crois pas.

Un drame ? Des tentatives de fusion, il y en a beaucoup. Certaines échouent avant terme, d’autres proches du terme (c’est le cas en l’espèce), d’autres enfin une fois la fusion faite (ce qui est beaucoup plus grave). Les conditions de la fusion « express », à la hussarde, voulue par les dirigeants d’EADS étaient justifiables industriellement : avoir un grand groupe européen plutôt que deux. Et puis EADS et BAE ont déjà certains liens, certains projets qu’ils mènent et peuvent mener ensemble. On peut d’une certaine façon arriver ainsi à des rapprochements supplémentaires. Ce ne sera sans doute pas aussi efficace, pas aussi beau, notamment en bourse. Mais serait-ce vraiment moins efficace ? De fait, le danger – si danger il y a – c’est de potentiellement jeter BAE dans les bras de Boeing.

EADS BAE l’idéal ? La fusion EADS-BAE était plutôt compliquée. Et le poids des Américains dans le futur groupe, pas vraiment tout à fait évalué. Dire que la concurrence internationale impose un seul avionneur européen est sans doute un bon postulat. Est-ce automatiquement un signe d’efficacité, Pas sûr ? Le principe du « Big is beautiful » ne trouve pas toujours un corrollaire en terme de succès en termes d’influence et de part de marché. On pourrait même se dire que d’autres avionneurs européens sont sur le marché, du moins au niveau des avions militaires. Saab pour le Gripen et Dassault pour le Rafale, par exemple, sont en concurrence avec l’Eurofighter, justement cofabriqué par EADS et BAE. Nos deux industriels peuvent donc grossir de façon externe (car c’était bien cela l’objectif) en s’agrégeant d’autres constructeurs du continent voire au-delà du continent.

L’Allemagne fautive ? C’est la version donnée largement dans la presse (du moins française). Il est certain que Berlin a donné un coup d’arrêt au processus. Pour autant ses revendications sont-elles insensées ? N’y-a-t-il pas un risque à partir dans une structure sans savoir si son partenaire ne montera pas ensuite dans le capital en détenant plus de majorité ? Au-delà des questions de montage financier, il y a comme un hiatus entre Paris et Berlin, un manque de confiance qui ne favorise pas les rapprochements. Mais aussi sans doute un changement d’attitude, déjà observé sur maints de dossiers européens, l’Allemagne est là, forte, puissante. Elle n’entend plus comme par le passé être tenu pour un partenaire certes important mais accommodant. Berlin a ses mouvements d’humeur et le montre. Il faut tenir compte de cette nouvelle donne, qui n’est pas conjoncturelle, mais structurelle.

A suivre sur le Club de B2, des extraits de plusieurs personnalités qui sont intervenues à la Chambre des communes (britannique) sur cette fusion.

La mort de l’industrie de la défense ? Il y a d’autres terrains où les rapprochements sont non seulement possibles mais nécessaires. Dans l’industrie navale, avec les Espagnols ou les Italiens, à défaut de pouvoir le faire avec les Allemands. Dans l’industrie des véhicules blindés, également. D’une certaine façon, cet échec peut galvaniser certains. De toute façon, le contexte budgétaire et industriel rend non pas seulement souhaitable mais nécessaire les rapprochements. Et le cadre juridique commun a été posé – avec en particulier la directive européenne sur les marchés publics. Dans les 5 ans prochains, le terrain industriel européen ne ressemblera peut-être pas à celui existant aujourd’hui.

Arrêtons donc de larmoyer. Voyons où sont les autres opportunités de fusion. Et construisons, de façon réaliste…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).