Afghanistan : On change de tonalité au haut commandement de l’OTAN (maj)

(crédit : OTAN)

(BRUXELLES2) Anders F. Rasmussen semble avoir changé de vocabulaire lorsqu’il évoque le retrait d’Afghanistan. Dans une interview accordée au quotidien britannique,  The Guardian, aujourd’hui le secrétaire général de l’Alliance atlantique précise ainsi que «si la situation le permet», il «n’exclut pas la possibilité d’une accélération du processus (de retrait) dans certaines zones». La nuance est peut-être faible mais elle est bien présente. Face au discours de Chicago en mai dernier, Rasmussen annonce qu’à «partir de maintenant et jusqu’en 2014, nous assisterons à des déclarations de redéploiements, de retraits ou de baisses des effectifs militaires…». On pourrait donc changer le calendrier de Chicago qui avait fixé sans équivoque, à la fin de l’année 2014, le retrait de la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (ISAF). Lorsque Rasmussen déclarait que l’alliance allait « abaisser le nombre de ses soldats graduellement et de manière responsable, pour achever sa mission d’ici au 31 décembre 2014».

De l’annonce du retrait des troupes françaises pour la fin de l’année 2012 avec l’élection de François Hollande à Chicago à l’annonce il y a quelques jours de la possible accélération du retrait des troupes britanniques par le ministre des affaires étrangères lui-même, Philip Hammond (Lire : Philip Hammond évoque une accélération du retrait d’Afghanistan), on sent ainsi une nette accélération des sorties. Accélération dictée davantage par des considérations internes, et d’économie, que par les avancées sécuritaires sur place. Récemment, la Nouvelle-Zélande annonçait un retrait de ses troupes, également plus tôt que prévu (à l’origine en Avril 2013) ; décision calquée sur celle de son voisin australien qui l’avait déjà annoncé en avril dernier. D’autres retraits ont déjà été programmés : Les Néerlandais ont déjà quitté le sol afghan fin juillet et les Canadiens s’en vont l’année prochaine (sans escompter mettre de troupes pour l’après 2014). Il ne manquerait plus que l’Italie décide d’accélérer son propre calendrier (prévu pour l’instant pour fin 2014) afin de répondre aux exigences financières, pour que le Commandement de l’OTAN puisse s’affoler.

Pour l’instant M. Rasmussen déclare que le calendrier de retrait «dépendra du niveau de sécurité sur le terrain» et qu’aucun «retrait accéléré ne devrait être perçu comme une course vers la sortie». Mais on peut avoir des doutes. Des doutes concernant ces soudaines améliorations de la sécurité sur le terrain. D’ailleurs, le secrétaire général de l’OTAN le laisse entendre. «Bien-sûr que les attaques internes (« green on blue ») ont sapé la confiance, absolument». Avant d’ajouter, «les leaders politiques des capitales engagées (en Afghanistan) savent très bien que ceci fait partie d’une stratégie visant à ébranler l’appui de l’opinion publique nationale … la véritable cible, ce sont les politiques, les médias, les «faiseurs» d’opinion des pays partenaires et des nations alliées». Différentes options seraient en étude selon The Guardian et une décision claire devrait apparaître dans les trois mois. «Des décisions politiques seront prises en se basant sur les recommandations (du Général John Allen, le commandant américain des opérations de l’alliance en Afghanistan), et nous verrons comment nous nous adapterons au transfert de responsabilité vers les Afghans» admet Anders Rasmussen. Le Général Allen rendra son rapport avant la fin de l’année.

PS : suite à la publication de l’interview dans The Guardian, le secrétaire général de l’OTAN a tenu à rectifier certains propos, télécharger ici

Damien Kerlouet

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