Les armées n’ont qu’à bien se tenir. Le pire est à venir… Ca va purger

(BRUXELLES2) Si la plupart des armées renâclent en recevant les chiffres des prévisions budgétaires 2013, en France aujourd’hui, en Belgique demain et au Royaume-Uni elles n’ont qu’à bien se tenir. Elles ne sont pas au bout de leurs peines. Selon le plan d’assainissement des dettes publiques mis en place au niveau européen, les pays qui ont une dette supérieure à la norme de 60% doivent en effet réduire la différence d’un vingtième par an. Une quinzaine d’Etats sont concernés : tous les pays méditerranéens, la France, la Belgique, l’Allemagne et le Royaume-Uni. La norme est implacable. Mais ses effets restent encore mal cernés….

La Commission refuse de communiquer

J’ai tenté d’obtenir des chiffres auprès de la Commission européenne. Celle-ci, d’habitude prolixe, se tait. Je l’ai fait à plusieurs reprises : de vive voix et par mails. A la dernière tentative, auprès du porte-parole d’Olli Rehn, le commissaire aux Affaires économique, Simon O’Connor, pourtant affable d’ordinaire, celui-ci a utilisé toute la mauvaise foi possible pour ne pas répondre. La première excuse a été un vague « je ne sais pas« , puis « nous n’avons pas ce genre de statistiques« … avant de reconnaître que « il n’y avait pas d’études d’impact publiques« , toute la subtilité de la réponse étant dans le terme « publiques ». De fait, la Commission ne veut pas communiquer sur ce type d’information, d’autant que le Traité budgétaire n’est pas encore totalement approuvé. On comprend sa prudence…

Les Etats vont purger : 30 milliards d’euros à économiser pour la France (par an), 50 milliards pour l’Italie

J’ai essayé de traduire cela en quelques chiffres pour avoir une idée plus concrète. Si on prend les derniers chiffre connus du 1er trimestre 2012, la première année d’application du dispositif obligerait la France à économiser près de 30 milliards d’euros sur son budget à consacrer à la diminution de la dette. Idem les années suivantes. En sachant qu’actuellement, cette dette augmente mécaniquement, notamment du fait des engagements pour la zone euro, on a une idée de l’effort à faire. La coupe devra être drastique que ce chiffre est minimal ; il ne tient ni compte de l’augmentation de la dette ces derniers mois, ni de la possible augmentation de la dette en 2013 ! Si on projette ce chiffre sur le budget du ministère de la Défense, cela suppose, au prorata, un effort supplémentaire, au bas mot, d’entre 1 à 2 milliards d’euros chaque année (*).

La France n’est pas la seule dans ce cas ni la plus mal lotie. L’Allemagne devra ainsi consacrer 28 milliards d’euros, le Royaume-Uni environ 23 milliards d’euros, la Belgique près de 8 milliards. Pour la Grèce, la « douloureuse » se monterait à 7,5 milliards d’euros ; quant à l’Italie, on atteint la somme 50 milliards d’euros ! Autant dire totalement impossible. Jacques Delors n’avait donc pas tort en parlant de « piège à cons » !

(*) Ce plan trouve sa place à la fois dans le paquet sur la surveillance budgétaire (dit Six Pack) et dans le Traité budgétaire en cours de ratification dans plusieurs pays. Le fait que le Royaume-Uni n’ait pas signé le traité budgétaire et qu’il n’adhère pas à la zone Euro ne change pas normalement sa sujétion à cette règle qui figure dans un règlement européen. Simplement sa force juridique est légèrement inférieure (non constitutionnelle).

(**) Tout dépend de la répartition de la prise en charge de la réduction de la dette entre l’Etat, les collectivités locales et la Sécurité sociale ; et ensuite de la répartition entre les différents secteurs de l’Etat. J’ai fait une répartition égalitaire à moitié entre Etat et les deux autres, puis proportionnelle au budget de la mission Défense dans le budget de l’Etat.