La valse économique de l’Estonie. Ou de l’art difficile de la prévision

Tallinn, la capitale estonienne (Source : Visit Estonia)
Tallinn, la capitale estonienne (Source : Visit Estonia)

(BRUXELLES2) Vanté comme un modèle, avec sa flat tax (impôt unique à un taux bas), une croissance insolente (avec 4% en moyenne par an) et un faible endettement, l’Estonie avait tout pour plaire. Surtout à Bruxelles dans la fin des années 2010, marqué par un libéralisme plutôt débridé (et angélique).

Un avenir rose…

En position de rattrapage économique, ce petit pays d’un million et demi d’habitants à peine, niché entre la Russie et la Finlande, dépassait ses rivaux d’Europe de l’Est. Il arrivait ainsi au 3e rang des nouveaux États membres derrière la Slovénie et la République tchèque à 69% de la moyenne européenne. En 2004, la Commission prédisait donc un avenir rose à la petite république balte. « La projection relative à l’inflation (…) environ 3 % à compter de 2004, paraît réaliste » écrivaient alors les 27 dans un rapport publié fin décembre 2004 au journal officiel.

Patatras

Un singulier optimisme ! L’inflation dépassera 4% dès 2005, atteindra 7% en 2007, soit avant la crise, symptôme d’une économie en surchauffe. Et d’une bulle artificielle. Fin 2007, la bulle immobilière éclate. La crise économique survient. L’économie nationale s’effondre. Le chômage grimpe de 4 à 18 % en un an (de 2008 à 2009). Le produit intérieur brut (PiB) chute de 14% en 2009 ! L’inflation perce à plus de 10% en 2008 ! Le pays étant passé entretemps à l’Euro, l’inflation reste cependant en dehors des clous de Maastricht n’arrivant pas à repasser, même sous la barre des 4%.

Conclusion : la prévision économique est un art difficile d’autant plus quand il est mâtiné d’un travers politique, consistant à ne pas regarder les faits mais à transformer les faits pour en faire un modèle politique.