Syrie : on doit faire plus. Georgieva met la pression sur les gouvernements

(crédit : EBS / B2)

(BRUXELLES2) Kristalina Georgieva a employé toute sa force de conviction aujourd’hui pour adresser un message – à nouveau ! – par médias interposés, aux gouvernements ainsi qu’à l’opinion publique. Un message qui intervient alors que les ministres des Affaires étrangères sont actuellement réunis à Paphos (Chypre), en réunion informelle, avec la Syrie à leur ordre du jour… Cet appel ne tient sans doute pas un hasard.

Pour la commissaire chargée de l’Aide humanitaire, la crise syrienne ne va pas « s’arrêter de sitôt ». Et il importe « d’en faire plus ». Et vite. « Ce n’est pas que l’aide n’est pas importante. Mais les besoins augmentent sur place, de jour en jour. Et il faut davantage d’aide » a-t-elle confié à B2 après la conférence de presse. « Il faut que tout le monde s’y mette : les pays nordiques, le Royaume-Uni ont déjà augmenté l’aide. Les autres pays européens, les pays arabes, la Russie doivent le faire. ». La Commission européenne a décidé de montrer l’exemple en libérant une aide humanitaire supplémentaire de 50 millions d’euros. Supplément qui portera son aide totale à 119 millions. Ajouté aux aides attribuées par les Etats membres, on atteint les 200 millions d’euros, soit la moitié environ de l’aide humanitaire internationale. «Alors que cette tragédie exige une solution politique, en son absence notre préoccupation principale est de réduire la souffrance des civils syriens et de limiter le débordement du conflit aux pays voisins ». a t-elle déclaré avant d’en appeler également aux autres donneurs internationaux à augmenter leurs financement. « La Communauté internationale a jusqu’à présent échoué à s’unifier politiquement, mais ceci n’est pas une raison pour en faire moins sur le plan humanitaire.» t-elle ajouté. La moitié des infrastructures médicales sont également hors-service et un Syrien sur trois ne peut pas recevoir l’aide nécessaire, a expliqué Mme Georgieva : 2,5 millions de Syriens ont besoin d’aide ; 1,2 millions de Syriens sont déplacés dans le pas.

Laisser passer l’aide humanitaire

3000 travailleurs communautaires sont aujourd’hui en Syrie. 8 d’entre eux sont d’ores et déjà décédés, dont le dernier hier (jeudi 6 septembre) seulement ! «Nous devons dire haut et fort, à toutes les acteurs du conflit qu’il existe des lois sur la conduite de la guerre qu’ils sont obligés de respecter. Et ce message doit être répété encore et encore et encore. Non seulement car il en va de l’intégrité des civils et des travailleurs communautaires, mais aussi car l’histoire des conflits similaires nous a appris que plus les blessures sont grandes, plus la guérison est dure.» Avant de continuer, très consciente de la situation, «On me dit que les combats sont tellement intenses que personne n’écoute ce message. Figurez-vous que certains le font. Nous savons que des groupes de combat respectent un code de conduite. Et je pense qu’il en va d’une obligation morale pour la communauté internationale d’en parler haut et fort. »

Le régime syrien s’entrouve, mais ce n’est « pas assez »

Le régime syrien semblerait tout du moins écouter (un peu) ce même message. Le gouvernement a ainsi récemment autorisé plus de visas pour les travailleurs humanitaires, dont un membre du cabinet de K. Georgieva. «Pas assez !» s’exclame la Commissaire devant les journalistes, «mais ils ont pris des dispositions de manière à ce que plus de personnes puissent rentrer dans le pays». Ils ont également autorisé 8 organisations humanitaires internationales qui ne disposaient pas jusqu’à présent d’autorisation et ont autorisé l’ONU à ouvrir des bureaux là où les combats sont les plus intenses.* Mais à nouveau, la Commissaire attend encore la réponse pour trois demandes de visas pour des membres de son équipe. «Ce qui est fait vis à vis de ce que constituent les besoins est loin d’être assez !» avant d’imager : «En Syrie, c’est comme si on escaladait une très haute montagne. Plus on escalade cette montagne, plus la montagne est haute

Prête à aller en Syrie, si nécessaire

Pour finir, elle a également préciser que si elle peut apporter quelque chose, elle n‘hésitera pas à se rendre en Syrie, mais qu’il était pour l’instant plus important à ses yeux que les experts et spécialistes de son cabinet y aillent.

(*) Preuve que les pressions de Mme Georgieva marquent des points ou bien que le régime d’Assad se sent à nouveau suffisamment «à l’aise» sur le plan militaire pour laisser filer sur le plan humanitaire ?

Rédigé avec l’aide active de Damien Kerlouet

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).