La France et la Belgique en harmonie pragmatique

lundi soir à la résidence Louise

(BRUXELLES2) Last but not least. Dans la tournée « bruxelloise » qu’a effectuée lundi, le MinDéf français, Jean-Yves Le Drian n’a pas manqué d’avoir un échange assez long avec son homologue belge, Pieter de Crem, lors d’un diner de travail, qui s’est tenu dans la résidence du ministère, à deux pas du bois de la Cambre. Avant le traditionnel échange de pralines, les deux participants ont tenu quelques mots, assez convenus, il faut le dire, devant la presse. « La Belgique, c’est notre partenaire le plus constant, le plus fidèle, avec lequel nous avons une coopération saine sans arrière pensée » a expliqué le Français. « L’objectif entre Français et Belges et d’approfondir les relations sur quelques points concrets : la formation, les acquisitions futures, les hélicoptères NH90 et les avions de transports A400M » a détaillé le Belge. Il est vrai qu’entre Français et Belges, il n’y a pas de rivalité et peu de discussions idéologiques même si l’un est franchement un fidèle support de l’OTAN et l’autre un ardent Européen. Leur approche a tous les deux se veut « pragmatique ». «  Et la coopération, pour être discrète, et moins tapageuse qu’avec d’autres partenaires (suivez mon regard… 🙂 ) est effectivement très concrète, et s’exerce sur de multiples facettes.

Formation des pilotes

Depuis de longues années déjà, les pilotes belges se forment et s’entraînent en France à Tours et Cazaux pour les pilotes de chasse (sur Alpha jet), à Avord pour les pilotes de transport et à Dax pour les pilotes d’hélicoptères. Une formation dont on ne peut que se féliciter du côté belge. « Nos pilotes ont atteint plus de 90% des cibles lors de notre opération en Libye. Ce qui montre l’excellence de la formation française » explique un officier.

Evacuation des citoyens

Autre champ de coopération, les opérations d’évacuation de citoyens (dite NEO). La dernière opération en commun, en Côte d’Ivoire au printemps dernier, a permis un bon retour d’expérience. Les Belges étaient effectivement présents à Abidjan en soutien d’une opération menée essentiellement par les Français (du fait de leur présence préalable sur le terrain au titre de l’opération Licorne). Des exercices sont ainsi programmés, afin de renforcer cette coopération tant dans la planification que dans l’exécution de ces opérations, avec à la clé un partage accu des renseignements et l’intensification de la coopération entre forces spéciales.

Echange de bons procédés en Afghanistan

De façon très pratique, Belges et Français sont en passe de procéder à un échange de logements en Afghanistan. Les Belges ont ainsi cédé leurs bâtiments aux Français à Kaia – l’aéroport international de Kaboul – qu’ils vont quitter en octobre et dont les Français vont prendre le commandement. De leur côté, les Français rétrocèdent aux Belges leurs logements ainsi que les shelters pour les avions (Mirage) dont ils disposent à Kandahar. Cela peut paraître une évidence. Mais comme l’explique un connaisseur du dossier à B2, « chaque bâtiment déployé sur le terrain appartient en fait aux nations qui peuvent le rétrocéder à un de leurs alliés ». Avantage aussi pour chacune des parties : inutile de déplacer ces bâtiments ou les rapatrier, du moins dans l’immédiat. Autre sujet de coopération, une négociation est en cours pour baser un avion C-130 belge à Douchanbé (Tadjikistan), en mode « semi-permanent », qui serait mis à disposition des Français pour le transport des troupes vers ou venant d’Afghanistan (et vice-versa, les avions français seront mis à disposition des Belges ou des matériels qui repartiraient).

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).