Arménie et Azerbaïdjan s’escarmouchent, l’Europe s’inquiète

(BRUXELLES2) De la retenue ! C’est l’appel qu’a lancé Milan Cabrnoch, président de la délégation parlementaire pour les relations EU avec le Caucase, alors que la tension s’envenime entre l’Azerbaijan et Arménie. Une montée de fièvre qui fait suite à la décision du président azerbaïdjanais, Ilham Aliev de gracier et de promouvoir au rang de héros Ramil Safarov.

La goutte qui peut faire déborder le vase

«Nous ne voulons pas la guerre, mais si nous y sommes contraints, nous nous battrons et nous gagnerons», a ainsi estimé le président arménien, Serge Sarkissian. L’Union Européenne s’inquiète, à juste titre, de cette soudaine aggravation des tensions. Ces deux dernières années ont été notamment marquées par de nombreux accrochages entre les deux forces armées à la frontière. «Accrochages» qui ont fait, tout de même, plus de 60 morts.  «Notre délégation a été claire envers nos homologues arméniens et azerbaïdjanais, le respect des droits de l’Homme, de l’Etat de droit et les valeurs de l’Union Européenne seront toujours au coeur de leurs aspirations à intégrer l’UE», a fermement estimé M. Cabrnoch. Catherine Ashton (La Haute représentante pour les Affaires étrangères) et Stefan Füle (le commissaire européen chargé de l’Elargissement) ont également appelé les deux gouvernements à «faire preuve de retenue, tant sur le terrain que dans leurs déclarations publiques, afin d‘éviter que la situation ne s’aggrave». Cet incident arrive à un moment délicat pour Bruxelles puisque le 23 août dernier, la Commission allouait 19,5 millions d’euros à l’Azerbaïdjan afin de réformer son système judiciaire et ses procédures de demande de visas. Et met à mal la politique des petits pas, et la bonne vieille méthode de l’Union européenne de chercher à intensifier les relations bilatérales;

 Et risque de dérapage au Haut-Karabagh

Car l’Arménie pourrait émettre l’éventualité de reconnaître l’indépendance du Haut-Karabagh. Chose qui devrait aisément aggraver un processus de paix déjà sur le vif. L’Arménie et l’Azerbaïdjan s’affrontent depuis des années pour le contrôle de la province du Haut-Karabagh. Rattachée à l’Azerbaïdjan sous l’occupation soviétique, elle a proclamé son indépendance après une guerre qui a fait 30.000 morts entre 1988 et 1994, date à laquelle un cessez-le-feu est signé avec l’aide de Moscou. «Comment pouvons-nous maintenant négocier avec Aliyev ? Comment pouvez-vous imaginer cela ?» a demandé Davit Babayan, le porte-parole de Bako Sahakian, président du Haut-Karabagh. «Pour moi, le processus des négociations sera probablement gelé pendant un certain temps» a t-il ajouté…

L’affaire Safarov

 Le 20 février 2004, Ramil Safarov, officier azerbaïdjanais, envoyé à Budapest pour un stage d’anglais dans le cadre du programme de l’OTAN Partenariat pour la paix (PPP), tue à coups de hache un lieutenant de l’armée arménienne, Gurguen Margarian, qui suivait les mêmes cours. Condamné la même année par les autorités hongroises, il y purgeait, là-bas, sa peine à perpétuité jusqu’à ce que Bakou obtienne son extradition fin aout. Alors que la Hongrie avait reçu toutes les garanties que celui-ci terminera bel et bien sa peine dans son pays, Aliev a, dès son arrivée, accueilli Safarov en héros national et l’a en outre promu au rang de major. Il lui a également fait cadeau d’une maison et reversé son salaire pour les huit années de prison passées en Hongrie.