Français et Britanniques engagés aux côtés des insurgés

Le Jean Bart à proximité de Chypre (crédit : marine nationale)

(BRUXELLES2) La France est déterminée à « apporter un soutien effectif à l’opposition (syrienne), y compris sur le terrain», cette petite phrase de François Hollande après son entretien téléphonique avec le Premier ministre britannique, David Cameron, ne nous aura pas échappé. Elle confirme ainsi le tournant du conflit civil en Syrie qui prend de plus en plus une dimension internationale. On savait déjà les forces iraniennes engagées dans ce conflit, notamment les forces des Pasdaran, les gardiens de la révolution, dès le début. Certains de ses commandants avaient d’ailleurs été très tôt inscrits sur les “listes noires” de l’Union européenne (lire : Le commandement des Gardiens de la révolution sur la liste Syrie). Même s’ils essaient de faire diversion, il n’est un secret pour personne que les Russes ne soutiennent pas uniquement le régime dans les mots au Conseil de sécurité mais lui assurent également la mise à disposition de conseillers (anciens de l’armée) et le réapprovisionnement des munitions, comme l’entretien des hélicoptères.

Du coté de la rébellion, la Turquie avec ses camps de formation, le Qatar et l’Arabie saoudite avec certains financements, sont aussi nettement engagés. Les alliés de l’OTAN – en particulier Etats-Unis, France, Royaume-Uni… – sont aussi de la partie, fournissant une assistance discrète en conseillers, notamment pour former les rebelles ou pour exfiltrer les différents responsables du régime voulant faire défection, mais aussi en “moyens de communication” divers et variés. Qui dit moyens de communication ne dit pas seulement des talkies walkies ou GSM sécurisés. On parle là de renseignement passif ou actif.

Le présence de l’Oker allemand, qui a fait la Une du Bild ce week-end qui sème le trouble outre-rhin n’est donc pas un cas isolé. Parti de Cagliari en Sicile, le signal AIS – qui repère tout bateau – avait été interrompu (arrêté ?) un moment donné, ainsi que le relate de façon détaillée mon collègue Thomas Wiegold, d’Augengeradenaus ici et .

Le renseignement en première ligne

Les Alliés sont bien aidés par la disposition géographique du pays en conflit. La Syrie est à une encablure du Liban où se déroule l’opération de la Finul et à une autre de Chypre, point d’observation formidable – où les Britanniques disposent de bases militaires, de souveraineté, et où nombre de navires font escale. La Méditerranée est par ailleurs une voie de passage régulière pour des navires de tous acabits – qui se rendent par exemple dans les opérations anti-piraterie ou à leur retour. Elle est aussi l’objet de nombre d’exercices militaires, comme celui qui a associé, en mars, Français et Libanais pour un exercice de débarquement amphibie aux alentours de Jounieh (au nord de Beyrouth). Sans parler du fait qu’une opération de l’OTAN s’y déroule toujours de façon intermittente.

L’OTAN en manoeuvres

L’opération Active Endeavour – mise en place après les attentats du 11 septembre 2001, au titre de l’article 5 du Traité de l’Atlantique nord, est destinée à surveiller l’est et le centre de la Méditerranée contre le risque terrorisme. Même si elle n’est plus permanente, comme au début, elle toujours rassemble de façon intermittente navires et avions qui patrouillent en tous sens la zone. Rien n’interdit alors aux Awacs, d’élargir légèrement le spectre de leur champ d’investigation vers la terre,  ni aux navires d’écouter… Un “air surge” s’étalant sur une dizaine de jours s’est ainsi déroulé début juillet, rassemblant différents moyens aériens (un Boeing E-3A Sentry) et maritimes du SNMG 2 (avec la frégate … allemande Bayern comme navire amiral, le Courbet (France) et le TCG Gediz (Turquie) (lire le communiqué de l’OTAN ici et ).

Le Jean Bart à Chypre

Coté français, on n’est pas en reste… Dernièrement, le Jean Bart était dans la région, faisant escale à Chypre. Un navire réputé pour être précurseur. Doté de différents équipements électroniques, il avait été engagé très tôt dans l’opération militaire en Libye, en “précurseur isolé“, ainsi que l’on dénomme en langage militaire. A ce moment, la zone d’exclusion aérienne n’avait pas été mise en place. Et le ciel appartenait aux avions du régime. Son objectif était alors clair : “faire du renseignement”.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).