A vendre avion VIP, double emploi, bon état général

Un embraer 135 LR de la flotte “VIP” grecque (crédit : ministère grec de la Défense)

(BRUXELLES2) Serait-ce un exemple à suivre ? En tout cas le gouvernement de coalition grec dirigé par Antonis Samaras a décidé un geste qui n’est pas que symbolique. Un des trois appareils à disposition du gouvernement, un Embraer Legacy ERJ 135 BJ de 13-15 places, acquis en 2002 pour 27,5 millions $ va être mis en vente et qui ne sert plus vraiment. Version moderne des ventes de charité… 🙂 Le produit de cette cession sera utilisé pour couvrir des besoins des forces armées. Mais ce n’est pas tout. Les deux autres avions du gouvernement — un Embraer ERJ 135 LR de 30-32 places, datant de 1999, et un Gulfstream V de 15 places, acquis en 2003 pour les besoins de la présidence grecque de l’UE et les Jeux olympiques de 2004, — vont être « mis à la disposition » de l’armée de l’Air pour entraîner ses pilotes ou servir à d’autres missions publiques comme le rapatriement ou le transport de blessés. Seule réserve, le gouvernement gardera un “droit de vol” sur le Gulfstream, le cas échéant…

Une flotte VIP peu glorieuse

La flotte VIP grecque a une histoire aussi peu glorieuse que l’économie du pays, comme le détaille notre confrère Ta Nea. La première tentative de création d’une force aérienne grecque a été faite en 1992 par le Premier ministre Constantinos Mitsotakis, qui a commandé la conversion d’un Boeing 727 pour en faire un avion gouvernemental type Air Force One. Projet un tant soit peu démesuré. Cet “Alexandre le Grand” – le nom donné à cet avion — ne fera quelques vols : « à peine deux voyages en Arabie Saoudite et à Paris ». Et son coût était désastreux. Il sera reconverti, par le gouvernement suivant (A. Papandreou) en avion charter à partir de 1994. Suivra un autre épisode, plus tragique, le Falcon 900B. Cet avion acquis « presque gratuitement en échange de l’achat des avions chasseurs Mirage 2000 ». Une prime bonus à l’achat en quelque sorte. Il connut cependant un épisode malheureux avec un accident qui couta la vie au vice-ministre des Affaires étrangères Yiannos Kranidiotis, le 14 septembre 1999, à son fils et 7 autres personnes (un officier de police, un technicien aéronautique, deux journalistes et un cameraman) alors qu’il se rendait d’Athènes à Bucarest. L’avion dévissa d’une hauteur de 17.000 pieds, passant de 23.000 pieds à 6.000 pieds avant que le pilote puisse, quasi-miraculeusement, reprendre le contrôle de l’avion et atterrir à Bucarest (lire ici un rapport synthétique sur cet accident). L’avion restera ensuite bloqué durant plusieurs années sur un aéroport suisse – notent mes confrères – avant d’être vendu il y a quelques années…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).