Où est passée l’ambition européenne de maintien de la paix ?

(BRUXELLES2) Il y a une vingtaine d’années, les 12 adoptaient la déclaration de Petersberg (lire : Il y a 20 ans, Petersberg, et ses missions). La CEE de l’époque n’avait que peu de possibilités juridiques et peu de moyens humains financiers. Mais l’ambition était hautement affichée. Tous les éléments de la doctrine – que nous connaissons aujourd’hui – étaient déjà là, notamment « l’approche large » – renommée aujourd’hui « approche globale ». Comme quoi on feint parfois d’inventer de nouvelles stratégies qui sont déjà écrites… 20 ans après on ne peut cependant que s’interroger sur l’application concrète de cette déclaration. Car l’Europe reste curieusement totalement absent de ces missions de paix. Les prochaines missions qui sont en passe d’être lancées sont des missions civiles et non militaires. Elles sont vitales et importantes. Et on ne peut en contester l’utilité : particulièrement au Sahel ou sur la façade maritime de l’Europe de l’Est. Mais elles concernent davantage le rétablissement de l’Etat de droit, sous ses différentes facettes que le rétablissement de la paix.

Une absence de la plupart des règlements de paix des dernières années

L’Union européenne a été ainsi absente (en tant que tel) de la plupart des résolutions des conflits récents. Elle n’est même plus en capacité comme pour la Finul II déployée au Liban en 2006, dans le cadre de l’ONU mais composée et coordonnée par les Européens.

En Libye, on ne va pas revenir sur l’échec piteux de l’opération Eufor Libya – restée sagement à faire du ping pong à Naples. Et c’est le cadre de l’OTAN qui a paru naturellement s’imposer à l’ensemble des alliés. Près d’un an après la fin du conflit, l’Union européenne se cherche d’ailleurs toujours un rôle en Libye attendant, comme le messie que le pays soit stabilisé et doté d’un gouvernement stable pour avoir une lettre d’invitation en bonne et due forme…

Au Soudan/Sud Soudan, l’Union européenne a laissé faire l’ONU et ses troupes chinoises ou indiennes et n »est présente que pour assurer la sécurité de l’aéroport… Idem au Congo, où malgré la renaissance d’un conflit à l’est du pays, l’UE laisse faire les Nations-Unies et la Monusco, se contenant de ses deux (petites) missions EUSEC et EUPOL dont l’effet, sans doute non négligeable, n’est pas à la hauteur des défis posés dans le pays, de la place qu’il tient en Afrique centrale et de l’importance des liens avec l’Europe.

Au Mali, et au Sahel, l’UE s’est fait surprendre alors que  la prise de contrôle du nord par les troupes combinées des Touaregs et de combattants se revendiquant d’Al Qaerda, était sinon prévisible à coup sûr, constituait un risque bien connu et avéré. Quant à la Syrie, on déclame, on sanctionne, mais point d’autre action. Il est vrai que la situation est particulièrement complexe non seulement au niveau international mais sur le terrain même. Personne n’a de toute façon réellement envie d’intervenir… Et si le régime d’Assad n’est pas aimé, certains des opposants qui se profilent sont particulièrement redoutés. Alors que la Syrie est tout de même un Etat riverain de l’Union européenne séparé juste de quelques miles de la première terre européenne (Chypre).

Une doctrine de non intervention

Il y a en quelque sorte une doctrine de « non intervention » qui s’est imposée au niveau européen. Bien sûr, celle-ci se pare de toutes les vertus : respect du droit international, non ingérence dans la souveraineté des Etats – ou plutôt appropriation par les gouvernements – ; non duplication avec l’OTAN ; implication dans un cadre multilatéral de l’ONU… Elle ne saurait cacher un attentisme de plus en plus important et, au final, une faiblesse. La politique extérieure européenne se résume aujourd’hui – aux cotés des instruments classiques de l’aide humanitaire (qui fonctionne bien) et du développement -, à deux instruments de gestion de crises. En premier lieu, l’aide à la consolidation de l’Etat de droit – utilisée avant la crise (EUCAP Niger) ou après la crise (EUCAP Nestor). Et en second lieu, le système de sanctions financières, utilisé comme un palliatif, un placebo pourrait-t-on dire. Il est vite édicté. Les mesures sont nombreuses. Mais sa surveillance et l’effet réel reste un point d’interrogation. Même les missions d’observation (type EUMM Georgia) restent au rancart, alors qu’elles pourraient trouver une nouvelle vertu notamment sur les conflits en devenir. Finalement les dirigeants actuels de l’Union européenne (à Bruxelles et dans les capitales) ont renoncé à un instrument que leurs ainés avaient eu toutes les difficultés à mettre en place et qui commençait à se faire la place. En témoignent le quelques missions du passé (EUFOR RD Congo, EUFOR Tchad, et d’une certaine manière EUMM Georgie).

Attention Danger !

Elle s’est ainsi limé les dents de lait. Ce qui n’est pas sans danger. A plus d’un titre. Il y ainsi une perte d’expérience notable, un manque d’entraînement, en interne, qui pourrait être  dommageable s’il perdure. Une prise d’habitude à l’extérieur à une certaine passivité de l’Union européenne qui détourne les interlocuteurs potentiels d’une possible demande d’action. Or, se reposer sur l’ONU ou l’OTAN pour concevoir et gérer cette opération est une erreur. Car ces deux organisations ne pourront intervenir sur toutes les crises : l’une du fait de son système réellement multipolaire, l’autre par sa conception dépendant aux Etats-Unis. Cela conduit également à un certain déséquilibre des instruments européens qui apparaissent ceux de l’Europe classique : je commerce, je finance, j’aide.

2 Responses