La menace turque…

Demetris Christofias - président chypriote - et Martin Schulz - président du Parlement européen (crédit : Parlement européen)

(BRUXELLES2 à Strasbourg) Le président chypriote Demetris Christofias a été clair lors de son intervention devant la presse au Parlement européen mercredi (4 juillet). Chypre doit faire face à un voisin « mençant, la Turquie ». Un mot qui est revenu Chypre est « un pays occupé à moitié – 37% de notre territoire est occupé. C’est un anachronisme au XXIe siècle. Chypre doit dépenser des millions pour sa défense pour faire face à la politique de la Turquie. Alors que nous voulons démilitariser Chypre ».

Cette visite habituelle en début de présidence (chaque présidence tournante vient devant le Parlement européen expliquer ses priorités) avait aussi un objectif, tout aussi rituel pour le pays cette fois, attirer l’attention sur l’occupation turque du nord de l’Ile et obtenir des soutiens. Celui-ci n’a pas manqué.

« Ce n’est pas l’UE qui adhère à la Turquie, c’est l’inverse »

Martin Schulz (PSE, Allemagne), président du Parlement européen, lui a apporté un soutien marqué. « L’Union européenne a des règles et la Turquie doit le respecter. Une des règles de l’Union européenne est la présidence tournante. C’est un droit et un devoir pour Chypre d’assurer la présidence. Je l’ai dit récemment lors d’une visite à Abdullah Gül (le président turc) et aux dirigeants turcs lors de ma visite récente à Istanbul. Ce n’est pas l’Union européenne qui va adhérer à la Turquie, c’est l’inverse, la Turquie doit respecter les règles de l’Union européenne. » « Je ne peux accepter qu’on accepte un Allemand et pas un Chypriote. » a-t-il ajouté. A la fin du rituel des questions réponses, le président a d’ailleurs repris la parole (ce qui est plutôt inhabituel) pour remercier chaleureusement l’Europe et le Parlement européen « du soutien face à la menace que représente la Turquie ».

Chypre confirme sa demande d’aide à la Russie

Le président chypriote a aussi expliqué sa position sur la demande d’aide financière de l’ile à la Russie. Une demande qui est toujours d’actualité. Les raisons de cette demande sont fort simples et prosaïques pour Demetris Christofias. Tout simplement ! « Les conditions offertes par Russie sont meilleures que le mécanisme européen. Et (la Russie) ne pose aucune condition, elle ne nous demande rien. Les taux d’intérêts sont bas. » Ce n’est pas sa qualité de communiste qui le pousse vers la Russie a-t-il tenu à avertir les profanes. « Laissez tomber l’histoire que les communistes sont à la tête de Chypre aujourd’hui. » a-t-il expliqué aux journalistes. « Chypre en tant que pays de la Méditerranée, habité par des orthodoxes chrétiens, a des liens traditionnels et culturels avec la fédération russe qui remontent à très loin. Il y a toute une histoire derrière. (Et d’ailleurs) La Russie est un partenaire de l’Union européenne, ce n’est pas un ennemi. » A noter que cette aide et viendra compléter celle demandée à l’Union européenne (et non la remplacer) a précisé un diplomate chypriote à B2. NB : c’est aussi un bon moyen de pression et de négociation…

NB : je suis à Chypre pour quelques jours. Et nous aurons donc certains détails ou informations sur cette nouvelle présidence qui s’annonce.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).