De la difficulté de recruter pour EUCAP Niger. La lacune linguistique

(BRUXELLES2) Si le chef de mission a été nommé (lire : Un Espagnol à la tête d’Eucap Niger), Toute l’équipe de la mission EUCAP Sahel Niger n’est pas encore recrutée. Il y a notamment une incertitude sur le numéro 2 de la mission. Quant au numéro 3, ce devrait être un Italien, actuellement directeur de la Force de gendarmerie européenne. Le conseiller militaire de la mission serait un Français. Et il y aurait – selon des sources belges – 4 policiers et 1 expert du Service public fédéral (ministère) des Affaires étrangères.

Les fonctions de soutien, en défaut

En fait, si l’encadrement de la mission est à peu près constitué, pour recruter les agents chargés du soutien à la mission (marchés publics, logistique, finances…), cela semble plus difficile. Pour certains profils, il n’y a pas eu de candidat ou juste un. Ce qui pose un sérieux problème et empêchera le déploiement rapide de la mission. En cause notamment la spécificité de ces fonctions – c’est souvent les postes les plus délicats à recruter pour les missions de la PeSDC – mais aussi la langue parlée. L’exigence du français – ce qui est logique pour le déploiement en zone francophone – pose un problème à de nombreux Etats membres qui ont éventuellement des candidats… mais anglophones.

La lacune du français

Commentaire : C’est paradoxal. Car le français est normalement langue de travail et langue obligatoire du service européen d’action extérieure (SEAE). L’Union européenne paie, là, une politique du tout-anglais développée depuis plusieurs années, particulièrement en matière de politique étrangère. Par simplicité, par sentiment de conformisme, l’anglais s’est imposé dans toutes les structures aux dépens des autres langues. J’en ai été le témoin à plusieurs reprises. Qu’une ou deux personnes sur une assemblée de 30 ou 40 personnes ne comprenne pas la langue de Voltaire. Et, hop, on « switche » dans la langue du pays de la rose. Les entretiens de sélection pour certaines missions, même en pays francophone (RD Congo par exemple) se déroulent… en anglais ! Or, toute la planète n’est pas unilingue. Et l’UE ne profite pas suffisamment de sa « diversité ». C’est une erreur majeure auquel il importe de remédier : avec une impulsion politique et, au besoin, des cours de soutien. On devrait retrouver cette difficulté si la mission s’étend dans les autres pays, francophones, de la région (Mali notamment). Ou le jour où il faudrait déployer une mission en Amérique latine (avec l’espagnol).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).