Il faut coopérer davantage, explique le général Syren qui dénonce les réticences des Etats

H. Syren au Parlement (archives 2010 - Parlement européen)

(BRUXELLES2) Le président du comité militaire de l’UE, qui est aussi le conseiller militaire de la Haute représentante de l’UE, a fait en quelque sorte une intervention-bilan devant les députés de la sous-commission défense du Parlement européen, mercredi (11 juillet). Le général Håkan Syrén partira, en effet, en novembre. (Les eurodéputés songent d’ailleurs à organiser une ultime session avec lui en octobre). Pour ce partisan de l’Europe de la défense, il n’y a aujourd’hui pas d’autres moyens que de « renforcer la coopération en matière militaire » en Europe. C’est son intime conviction. Il faut selon lui faire fusionner les budgets, mais aussi les cultures, Etc. Un processus très lent. « Il faut faire preuve de patience, il faut que les consensus se dégagent ». La crise économique est un problème majeur. Mais il y aussi ce qu’il faut bien appeler un manque de volonté politique des Etats membres de coopérer, de rompre de vieilles habitudes. Un égoïsme habituel. Le général ne l’a pas prononcé mais il y a aussi certains corporatismes qui jouent à contre-courant…

La crise économique a un impact sur la politique extérieure de l’UE

Le service européen d’action extérieure (SEAE) « va jouer un rôle pro-actif ». Mais a-t-il avoué, « les défis sont supérieurs à ce que l’on pouvait s’attendre. Il y a eu la crise économique qui s’est étendue très largement. La PESC n’est plus la première priorité ». « Les actions ne suivent pas les engagements, car c’est plus facile à dire qu’à faire. Et les Etats ont aussi des capacités limitées. » « Certains engagements en ont rendu d’autres impossibles » a-t-il avoué, faisant référence à l’Afghanistan. Il reste à savoir ce qu’adviendra, par exemple, des proportions de l’OTAN après le retrait d’Afghanistan. Attention, cependant « la sécurité n’est pas quelque chose d’acquis ».

Ce n’est pas qu’un problème de budget, les Etats se dispersent trop, se referment sur eux-mêmes

Le général Syren est allé dans la « quasi totalité des Etats membres ». « J’ai une idée précise des difficultés. On demande toujours de faire plus avec moins ». Les opérations ont un coût élevé et «les coupes budgétaires ont rendu le problème plus visible ». «Le problème de fond, c’est que la défense coûte de plus en plus cher. Et on se disperse trop. Ce n’est pas seulement une histoire de sous ». Le budget cumulé des Etats membres correspond à 200 milliard par an, c’est un tiers du budget des USA, mais ceci étant, c’est aussi plus ou moins le même budget que celui des cinq grands (Chine, Inde, Russie, … ). « Il y a des possibilités d’amélioration, de meilleur rendement et donc de renforcer la coopération. » « Si les Etats membres pouvaient coordonner leurs violons, il y aurait de bons résultats ». « Il y a une contradiction – note le général. Lorsqu’un Etat membre fait l’objet de pression, si l’on coopère, les choses vont mieux. Mais généralement, on se referme sur soi-même lorsqu’il y a un problème. »

Penser à un autre niveau, c’est une question d’état d’esprit

Si les Etats membres veulent contrer la crise économique, la défense intelligente, le partage et la mutualisation, la coordination sont aussi des outils nécessaires. A l’image de la bonne coopération au niveau européen. Ainsi « l’Agence européenne de Défense travaille main dans la main avec le comité militaire. » « Maintenant, il faut penser à un autre niveau. C’est une question d’état d’esprit. Il faut insister avec un élan politique.» Le général Syren dénote cependant « des signes positifs » au sein de l’Union, une prise de conscience. C’est Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen qui, à Chicago au sommet de l’OTAN, se prononce pour une « Union (qui) se mobilise pour jouer un plus grand rôle », la Commission qui, préoccupée du morcellement stratégique, a créé une task force Défense. Et Hakan Syren d’enfoncer le clou :  « Ce n’est pas une question d’argent. L’enjeu est d’améliorer l’efficacité pour continuer de peser dans l’évolution des rapports de forces ».

L’UE, l’OTAN, des rôles différents durant la crise

Sur la répartition des rôles entre l’UE et l’OTAN, il a tracé une frontière. Selon lui, la force de la politique européenne de sécurité et de défense est d’être « précoce et donc préventive ». Par exemple, « à Kinshasa en 2006, la mission Artemis avec des forces assez spéciales a permis d’éviter, j’en suis sûr, un génocide. » Cependant, « si le conflit s’enflamme, là l’OTAN est vraiment l’organisation idoine. » Ensuite, « pour la reconstruction, l’UE a aussi la boîte à outils pour agir sur tous les aspects. » L’UE a également plus « de capacités en termes d’aide à l’évacuation ou d’aide humanitaire.» (…) La « valeur ajoutée » de la politique de sécurité et défense commune (PSDC) reste cependant sa capacité à « utiliser les capacités militaires et civiles de manière efficace » et l’approche globale est la « clé de voute » de la réussite de la PSDC. Les missions Atalanta (anti-pirates) et Nestor (renforcement des capacités maritimes) sont là pour en témoigner, comme « les pierres de touche de l’approche globale ».

(rédigé avec l’aide de D. Kerlouet qui a assisté à la réunion)