Le choix du F-35B : couteux, désastreux (expert UK)

(crédit : Lockheed Martin)

(BRUXELLES2) Le choix britannique du F-35B pour la Royal Air Force et la Royal Navy a des « implications désastreuses pour la puissance aérienne britannique« . Celui-ci qui explique cela dans un article au vitriol paru dans Defence IQ n’est pas un Frenchie jaloux. Mais simplement, James Bosbotinis, un spécialiste des questions maritimes et stratégiques, doctorant au King’s college et associé au centre Corbett pour les études de politique maritime.

Le choix du ministère de la défense britannique de renoncer, en mai dernier, au F-35C (catapulté) pour revenir au F-35B (à décollage court et atterrissage vertical), estimant que le coût de mise à niveau du Queen Elisabeth pour le catapultage des avions était trop important pour le budget de la Couronne, est mauvais pour plusieurs raisons selon Bosbotinis : la capacité limitée du F-35B, son coût non négligeable, l’absence de réflexion à long terme, comme la perte de profondeur stratégique ou de puissance vis-à-vis des autres alliés…

Une capacité limitée

Le F-35B est tout d’abord sujet à des limites techniques de réservoir (13.500 lbs au lieu de 19.145 lbs) ce qui limite sa portée : son rayon d’action est ainsi de 463 miles nautiques contre 613 miles nautiques pour le F-35C tandis que son temps sur cible est de 15 mns, 36 mns pour son alter ego. De même, il ne peut emporter que des bombes de classe 1000 lb (environ 450 kg), le double pour le F-35C. Ce qui ne permet pas d’atteindre des cibles comme les ponts ou les abris d’avions. La seule alternative serait d’ajouter un missile Storm Shadow, mais aux « dépens des capacités furtives de l’appareil et donc de la possibilité de pénétrer en profondeur dans l’espace aérien adverse » explique Bosbotinis.

Le coût d’achat : plus important

Le coût de ce changement de cap est particulièrement élevé tant au moment de l’achat que durant sa mise en service. 97 F-35C se substitueraient en termes de capacités à 136 F-35B » avec une différence de coût de 4,46 milliards £ en faveur du premier, selon un document confidentiel du ministère de la défense révélé par nos confrères du The Telegraph. De plus, l’achat de F-35B devrait aussi s’accompagner de l’achat de quelques F-35A pour combler les insuffisances techniques à répondre aux exigences britanniques de la capacité offensive soutenue (Deep and Persistent Offensive Capability ou DPOC), doublant alors les coûts durant la mise en service (environ 2 milliards £ supplémentaires pour une flotte mixte au lieu d’une force homogène de F-35C) et les problèmes techniques (adaptation des ravitaillements aériens notamment).

Une réflexion à long terme pour le Queen Elizabeth

L’option envisagée de choisir le F-35C et d’adapter les navires de la classe Queen Elizabeth aux configurations CATOBAR (catapultage et appontage simultanés) ne serait pas si couteuse. De nouvelles projections parues dans The Telegraph annoncent ainsi un chiffre de moitié moindre que l’achat d’une flotte de F-35B et A (estimées environ à 1£ milliard selon le secrétaire adjoint de la Marine américaine S. J. Stackley) couterait ainsi deux fois plus chère que l’option du F-35C. Autre argument de Bosbotinis : le Queen Elizabeth, adapté au décollage court et atterrissage vertical STOVL, devrait rester en service jusqu’aux environs de 2070 alors que le F-35B ne serait lui opérationnel jusqu’en 2042. Que se passera-t-il alors après 2042 ? Le Queen Elizabeth ne devra-t-il pas alors être configuré CATOBAR ? La réflexion budgétaire semble faire défaut.

Une perte de profondeur stratégique et de valeur vis-à-vis des alliés

Le fait que l’armée de sa majesté souhaite passer des configurations CATOBAR au STOVL est « une perte de flexibilité stratégique et de potentiel d’expansion sur le long terme … comprennent des problèmes tels que l’intelligence embarquée, la surveillance, la reconnaissance, et la résistance du Carrier Strike dans le cas où le programme F-35 échouerait ou serait retardé ou encore la viabilité sur le long terme du Carrier Strike. » selon Bosbotinis. D’autant plus qu’en « termes opérationnels, l’interface air/navire dans un environnement STOVL n’est pas moins complexe que pour CATOBAR. » Tout cela est sans compter que la valeur ajoutée de l’aviation britannique va être remise en question. La faiblesse qu’elle constituerait au sein d’une alliance européenne (Italie, Danemark, Norvège et Pays Bas disposant du F-35A, plus complet dans ses possibilités de missions) ou du Commonwealth (idem pour le Canada ou l’Australie) pourrait remettre en cause le rapport de force. Sans parler des pertes d’interopérabilité avec l’US Navy qui a décidé, elle, d’acquérir des F-35C en plus des F-35B déjà présents dans sa flotte…