Accalmie notable sur le front de la piraterie somalienne début 2012

Un dhow indien libéré par les forces européennes (crédit : Eunavfor Atalanta)

(BRUXELLES2) Le changement météorologique provoque actuellement une baisse notable des attaques pirates dans l’Océan indien et le Golfe d’Aden. Avec l’arrivée de la mousson du sud-ouest entre juin et septembre, les petits bateaux et skiffs ont du mal à parcourir l’Océan indien et s’attaquer à des proies importantes. Les pirates doivent donc disposer de navires plus importants pour pouvoir mener à bien les attaques. C’est un rituel habituel… Mais cette année, le contexte est particulier. Les bandits des côtes venus de Somalie n’ont pas entrepris ni réussi à prendre autant de navires que les années passées.

Un nombre de navires retenus par les pirates au plus bas

Depuis plusieurs mois, la baisse à la fois des navires capturés par les pirates mais aussi du nombre d’attaques est en effet notable. Il y a ainsi aujourd’hui 7 navires (marchands) et 213 otages entre leurs mains, sans compter les bateaux de pêche locaux – yemenites, iraniens… – qui leur servent de dhows. Et, en 2012, selon les statistiques d’Eunavfor, il y a eu (seulement) 25 attaques – c’est-à-dire localisation par les pirates, et ciblage très clair du navire afin d’en prendre le contrôle (*) – et 5 bateaux capturés – contrôle du navire par les pirates. 11 attaques ont été déjouées par l’intervention d’un navire européen d’Eunavfor.

Une baisse significative par rapport à 2011 et 2010

Soit une baisse très significative à la fois du nombre d’attaques et du nombre de bateaux capturés par rapport aux années précédentes d’intermousson. Selon les statistiques du Nato Shipping centre, il y avait ainsi dans la même période l’année 35 bateaux approchés,  et 15 bateaux capturés par les pirates et 93 bateaux attaqués durant la même période. 20 bateaux capturés et 54 bateaux attaqués durant la même période en 2010.

Plusieurs explications

Si la baisse des prises pirates peut avoir une explication par les moyens déployés en mer, la baisse des attaques répond à d’autres raisons. Comme souvent, il n’y a cependant pas une cause mais plusieurs causes à cette baisse.

Premièrement, les forces en mer sont plus présentes et mieux coordonnées. Cette année, il y avait un nombre assez important de navires sur zone. Les moyens d’Eunavfor – la force européenne anti-piraterie – notamment avaient été renforcés (lire 🙂 . Et sur zone, aujourd’hui, il y a toujours 6 navires au titre de l’Union européenne (Eunavfor) et 5 avions de patrouille maritimes – auxquels on peut ajouter 6 autres navires au titre de l’OTAN et la CTF 151 qui opèrent en étroite coordination. En tout, il y a 48 navires présents sur zone (toutes nations confondues). La meilleure coordination entre les forces présentes permet aussi de mieux répartir les efforts et les besoins.

Second facteur de cette baisse. Les nouvelles tactiques, plus robustes et offensives, employées par les forces maritimes comptent également. La reprise de force des navires, comme le blocage des dhows bateaux mères au large des côtes somaliennes, empêche ainsi soit des pirates de partir à l’attaque, soit de revenir avec leur butin. L’usage de la technique de la « citadelle » facilite ces opérations offensives, permettant la mise à l’abri de l’équipage durant l’assaut. La bonne application par les navires des bonnes pratiques comme la présence de gardes armés (militaires ou gardes privés) participe également de la limitation des prises par les pirates.

Troisième facteur. La situation à terre devient difficile pour les pirates. Entre les mouvements de l’Amisom – la force de maintien de la paix de l’Union africaine – des forces kenyanes et éthiopiennes d’un coté, et des shebabs de l’autre, et les combats, le « business » devient un peu moins facile qu’auparavant. Les actions des forces de police du Puntland, aussi deviennent, plus notables et ont permis la neutralisation de certains équipes « pirates » à terre. Ceci est aussi conjugué avec la récente attaque des forces européennes à l’aide d’un hélicoptère.

Quatrième facteur, beaucoup plus difficile à cerner, l’attitude de la population. Il semble que les pirates aient aussi quelques difficultés entre eux et sur place. L’accueil des « ainés » dans les villages n’est plus ainsi aussi conciliant pour les pirates qu’auparavant. Et on peut considérer aussi que l’effet du nombre d’arrestations de pirates – même si tous ne sont pas poursuivis – a aussi un effet psychologique. Revenir sans prise constitue une perte sèche pour les gangs. La baisse du nombre de bateaux pris – et donc de libération possible – limite aussi certains de leurs moyens financiers, et donc de leur emprise sur les populations locales. On peut s’interroger néanmoins sur d’autres raisons qui ont limité les attaques des pirates somaliens.

Lire aussi : baisse

(*) Il y a parfois des « présences » de bateaux pirates qui ne sont pas automatiquement des attaques en tant que tels.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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