Il y a 20 ans, Petersberg, et ses missions

(BRUXELLES2) C’est en ce mois de juin 1992, le 19 exactement, sur les hauteurs de Bonn, dans un hôtel qui est aussi la résidence des hôtes, que le gouvernement de la République fédérale d’Allemagne, récemment réunifiée, reçoit ses homologues européens de l’UEO – l’Union de l’Europe occidentale.

Les dirigeants européens bousculés par la situation de guerre en ex-Yougoslavie et mis au pilori dans leur opinion publique pour leur inaction décident de se doter, dans la foulée du Traité de Maastricht, conclu six mois auparavant (en décembre 1991), d’une doctrine autonome d’action pour le maintien de la paix. Les ministres des affaires étrangères et de la défense de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) affirment ainsi leur intention de mettre des moyens militaires à la disposition de l’organisation en cas de besoin, dans des opérations de maintien de la paix sous l’autorité politique de la CSCE ou de l’ONU.

Ces unités pourraient être utilisées « pour des missions humanitaires ou d’évacuation de ressortissants ; des missions de maintien de la paix ; des missions de forces de combat pour la gestion des crises, y compris des opérations de rétablissement de la paix » est-il ainsi précisé en plus de la contribution à la défense commune dans le cadre de l’application des clauses de solidarité – qu’elle soit issue de l’article 5 du Traité de l’Alliance atlantique ou du Traité de Bruxelles (UEO) – .

Cette définition des missions de Petersberg sera ensuite reprise et intégrée dans le Traité d’Amsterdam (article J.7), puis de Nice  (article 17) et enfin de Lisbonne (article 42 TUE) en étant légèrement étendues à d’autres missions. La première application de cet engagement sera la contribution de l’UEO aux opérations d’embargo contre la Serbie-Monténégro décidée par l’Onu en juillet.

Mesures opérationnelles

Cette déclaration s’accompagne d’une série de mesures opérationnelles et organisationnelles, visant plus généralement à renforcer le pilier « défense » des Européens au sein de l’UEO.

Tous les États membres de l’UEO conviennent ainsi de désigner « sous peu les unités militaires et les états-majors qu’ils seraient prêts à mettre à la disposition de l’UEO pour ses diverses missions éventuelles ». Et d’organiser également « l’entraînement des capacités appropriées qui permettront le déploiement terrestre, maritime ou aérien des unités militaires de l’UEO ».

Une cellule de planification est mise en place le 1er octobre 1992 à Bruxelles au sein du Conseil chargée de préparer des plans de circonstance pour l’emploi de forces sous l’égide de l’UEO, de préparer des recommandations pour les dispositions nécessaires en matière de commandement, de conduite des opérations de transmissions, y compris les instructions permanentes pour les états-majors qui pourraient être choisis, d’établir un inventaire actualisé des forces et des groupes de forces susceptibles d’être affectés à l’UEO pour des opérations spécifiques. C’est ni plus ni moins un embryon d’Etat-Major. 20 ans après, on n’y est pas encore tout à fait ! Ou plutôt l’instrument existe mais il est laissé en jachère…

Mesures organisationnelles

Il est aussi décidé que les Chefs d’état-major des armées se réuniraient deux fois par an avant les Conseils des ministres ordinaires, et de façon ad hoc chaque fois que cela sera nécessaire. De même certaines fonctions de l’Eurogroupe (*) pourraient être transférées à l’UEO. L’inauguration du Centre satellitaire expérimental de l’UEO à Torrejon est confirmée. Un dialogue avec les pays du Maghreb est entamé avec pour objectif la sécurité en Méditerranée,

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) L’Eurogroupe ne désigne pas alors les ministres des finances de la Zone Euro mais les ministres de défense européens au sein de l’Alliance atlantique… Eh oui ! Les noms restent mais changent de fonction…

Lire aussi :

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Commentaires fermés.