La lutte anti-terroriste ? Pas encore parfaitement coordonnée au sein de l’UE

Gilles de Kerchove, coordinateur de l'UE pour la lutte contre le terrorisme (crédit: Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) L’UE n’utilise pas son potentiel au maximum contre le terrorisme. Il faut mieux utiliser les agences spécialisées mais aussi intégrer davantage cette question aux programmes de développement de l’UE. C’est l’avis de Gilles De Kerchove, le coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme, qui a présenté aux ministres de l’Intérieur réunis en conseil jeudi dernier (7 juin) à Luxembourg.

Des agences sous-exploitées

L’UE dispose d’agences spécialisées compétentes dans la lutte anti-terroriste : Europol, Eurojust, Frontex, ENISA (Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l’information). Mais elles sont peu connues des services concernés dans les Etats Membres. Et leur potentiel n’est donc pas utilisé pleinement. Par exemple, se demande Gilles De Kerchove, « combien d’enquêteurs dans les États membres de l’UE réalisent-ils qu’Europol peut demander au gouvernement des États-Unis d’effectuer des recherches dans le programme de surveillance du financement du terrorisme?  »

Plus de coordination est nécessaire

Il faut en particulier améliorer la coopération inter-agences. Par exemple, en 2011, sur 33 équipes communes d’enquête mises en place, seule une concernait le terrorisme. De même, si la situation s’améliore, le coordinateur européen constate qu’Eurojust n’est que très rarement invité aux réunions d’Europol. Il faudrait aussi détacher des magistrats d’Eurojust « auprès d’États tiers où le terrorisme menace gravement la sécurité intérieure de l’UE  », comme prévu initialement. Il faut également surveiller les déplacements de djihadistes européennes qui partent s’entraîner à l’étranger : pour cela, une coopération entre Europol, Frontex mais aussi le SitCen (Centre de Situation, le service de renseignements européen qui est aujourd’hui intégré au service diplomatique européen) est indispensable.

Partager les informations : une histoire de volonté politique ?

Autre recommandation : partager les données, de manière plus systématique et plus rapide. En effet, par exemple lorsqu’Europol doit partager ses fichiers, il faut l’accord des 27 Etats Membres, ce qui entraîne des délais. Le coordinateur appelle d’ailleurs les Etats Membres a montrer un peu plus de volonté politique. En effet, selon une décision du Conseil en 2005, ils sont tenus de communiquer leurs informations sur des actions terroristes seulement si celles-ci « intéressent » deux Etats Membres ou plus. Gilles De Kerchove appelle à une interprétation plus solidaire de cette condition : selon lui, toute action terroriste en Europe concerne, dans les faits, au moins deux Etats Membres.

Agir en amont : prévention et développement

Enfin, il est important d’agir en amont, dans la prévention de la radicalisation. Une des pistes pour cela serait d’intégrer davantage cette dimension aux programmes de développement de l’UE. Il s’agit de s’attaquer aux conditions de développement du terrorisme : ce-dernier, en favorisant l’insécurité et l’instabilité, empêche tout essor social et économique. Le coordinateur européen recommande ainsi des études de terrain systématiques avant chaque projet de développement. Des experts de lutte anti-terroriste et de prévention de la radicalisation doivent aussi être associés, dès la programmation, aux politiques de développement. Par ailleurs, le SEAE doit allouer des ressources supplémentaires aux délégations de l’UE dans les pays prioritaires, qui doivent également s’entretenir avec les Etats Membres sur place pour éviter le double-emploi et recenser les synergies.

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Rapport de Gilles de Kerchove à télécharger dans les docs de B2