Première action offensive des forces anti-pirates de l’UE sur la côte somalienne (maj2)

Un hélicoptère Sea Lynx MK 88A de la marine allemande qui est surement resté au repos ici. Les Allemands n’ont pas participé directement à l’opération. Le Bundestag a approuvé récemment l’extension de l’opération Atalanta (©Bundeswehr/Ortmann)

(BRUXELLES2) Les forces européennes n’ont pas traîné. Sitôt l’approbation par le Bundestag du nouveau mandat offensif de l’opération européenne anti-pirates (entériné le 10 mai), les marins d’Eunavfor Atalanta ont mené cette nuit une opération de destruction des stocks pirates sur la côte somalienne, près de la ville de Haredhere, un des repères pirates les plus célèbres, situés au Galmudug selon nos informations.

Cible atteinte par voie aérienne

« La cible, précise et proportionnée, a été atteinte à partir des voies aériennes » précise-t-on au QG d’Atalanta, sans doute par voie d’hélicoptère. « Et toutes les forces sont retournées saines et sauves à bord des navires, une fois l’action terminée ». L’évaluation est « en cours » mais « la surveillance de la zone durant l’action indique qu’aucun Somalien n’a été blessé à terre lors de cette action de l’Union européenne ». L’opération a été « menée en plein respect de la résolution 1851 du Conseil de sécurité des Nations-Unies et avec le plein soutien du gouvernement fédéral de transition somalien » précise-t-on.

La nationalité des moyens engagés n’a pas été précisée. Il s’agit de « moyens européens » m’a-t-on affirmé. Et tous les représentants militaires de chaque nation impliquée dans l’opération ont donné leur accord. L’hypothèse d’un engagement de moyens « tricolores » (français) a pu être évoqué un moment. Mais ce serait, en fait, selon nos informations, un hélicoptère espagnol qui aurait été engagé.

Plusieurs skiffs détruits

Selon les détails que B2 a obtenu d’officiers impliqués dans l’opération, « Plusieurs skiffs ont été détruits », lors de cette opération impliquant effectivement « un seul hélicoptère » qui s’est déroulée un peu avant minuit. Un avion de patrouille maritime a survolé la zone en soutien et en reconnaissance. Il s’agit d’un « geste clair marquant notre détermination » m’a expliqué un interlocuteur. « D’autres actions pourraient être menées dans un bref délai si nécessaire ». Une douzaine de dépôts ont ainsi déjà été repérés. Certains sont facilement déplaçables, d’autres beaucoup moins. Car ils sont ancrés au regard de navires détenus en otage. Mais le simple fait pour les pirates de déplacer leurs camps participe déjà à la perturbation de leur activité.

Accroitre la pression sur les pirates, les empêcher de prendre la mer

C’est la leçon que tire le contre-amiral Duncan Potts, chef de l’opération Eunavfor Atalanta. « Cette mesure va encore accroître la pression sur les pirates, perturber leur activité et les empêcher de prendre la mer pour attaquer les navires marchands et boutres. » « Les populations locales et les pêcheurs somaliens, dont beaucoup ont tant souffert à cause de la piraterie dans la région, peuvent être rassurés que notre objectif vise les équipements de pirates connues et le restera à l’avenir ». a-t-il ajouté, tenant à rassurer les populations locales et pêcheurs, inquiets de cette nouvelle attitude des forces anti-piraterie. « A aucun moment, la force navale européenne n’a eu de présence au sol » ( ‘boots’ go ashore). NB : la force européenne Eunavfor comprend actuellement 9 navires et 5 avions sur une zone vaste qui couvre tout l’Océan indien de la mer d’Arabie au Canal du Mozambique, en passant par le Golfe d’Aden et le bassin somalien.

Commentaire : une première européenne et un sérieux avertissement aux pirates

On peut préciser que cette action offensive directe est une première non seulement au niveau de l’opération anti-pirates mais aussi des opérations de maintien de paix de l’Union européenne qui ne répliquaient jusqu’ici qu’en cas de légitime défense.

Elle constitue également un avertissement sérieux aux pirates qui sont pris entre deux ou trois fronts. A terre, l’offensive de l’Amisom bouscule les petits arrangements locaux avec des responsables des Al Shabaab. Tandis que les forces du Puntland tentent de s’organiser en matière de police côtière. Sur mer, le renforcement des moyens navals et aériens ainsi qu’une meilleure coordination des forces et des tactiques plus ciblées rendent plus difficiles leur action. Plusieurs bateaux-mères ont ainsi été repris ces derniers temps par les forces anti-pirates (Eunavfor, Otan, CTF 151). Résultat : la productivité des pirates intense dans les dernières années s’est sérieusement ralentie depuis le début de l’année, alors même que nous sommes entrés dans l’inter-mousson normalement plus propices aux sorties des pirates. Moins de bateaux = moins de rançons, donc moins de moyens disponibles et moins d’attractivité locale. Et maintenant, c’est sur les plages qu’ils risquent d’être atteints.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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