Les premiers projets de la Smart défense (maj2)

Le "Robot anti-IED" à l'oeuvre en Kapisa, Afghanistan (crédit : ministère français de la Défense/ DICOD, avril 2009)

(BRUXELLES2 à Chicago) Le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, va présenter ce week-end aux différents responsables de l’Alliance Atlantique, une liste de différents projets qui vont permettre de rationaliser certains coûts et équipements, notamment pour les opérations en cours (Afghanistan) ou futurs (Isaf II), Etc. Des projets assez concrets qui tiennent compte de l’expérience acquise dans les dernières opérations. Les opérations en Afghanistan et en Libye notamment, au large de la Somalie (anti-piraterie) également, ont, en effet, été un facteur d’accélération de la maturation de certains besoins. Malgré le nombre annoncé de 25-30 projets, on est encore loin de ce chiffre ; le nombre semble plus réduit. Du moins dans un premier temps. Ce sont en effet les premiers projets « agréés ». D’autres seront présentés par chacun des nations participants aux projets. Dans tous les cas, il paraît toujours difficile pour les Etats de s’engager en coopération, y compris en période de restriction budgétaire. On se demande d’ailleurs pourquoi certains de ces projets, qui paraissent « évidents », n’ont pas été mis en oeuvre auparavant.

Voici la liste des 10 premiers projets retenus et seront présentés officiellement dès demain, selon la liste qui nous a été communiquée :

  1. Interface universelle d’armements (NATO Universal Armaments Interface). Objectif : permettre d’utiliser des munitions venant de différentes sources et nations sur les avions de combats. Un retour d’expérience de l’opération « Libye ».
  2. Robots de déminage (Remotely controlled robots for clearing roadside bombs). Ici c’est l’expérience « Afghanistan » qui parle, déminer une route, la rendre propice à la circulation suppose des équipes de déminage. L’usage des robots évite d’exposer de trop près les personnes aux engins explosifs artisanaux. L’objectif est de développer des appels d’offres conjoints et de faciliter le déploiement en coopération multinational.
  3. Pool d’avions de patrouille maritime (Pooling Maritime Patrol Aircraft). Objectif : permettre à différents avions de patrouille maritime venant de différentes nations d’opérer en pool multinational et être disponible pour toutes les autres nations participant à l’opération. NB : on pense, ici, à l’opération anti-piraterie au large de la Somalie. Mais aussi au projet de surveillance maritime de l’espace maritime au large des côtes européennes au nord de l’Europe comme en Méditerranée. Projet conduit par l’Allemagne.
  4. Stocks multinationaux de munitions (Multinational Cooperation on Munitions). Objectif : faciliter le partage des munitions, notamment celles qui sont à guidage de haute précision, en promouvant des arsenaux multinationaux. Un retour d’expérience de l’opération en Libye qui a prouvé combien les stocks de munitions étaient limités dans les nations et qu’ils ne pouvaient immédiatement être regarnis. Un projet conduit par le Danemark. On se souvient que ce pays avait souffert de manque de munitions lors de l’opération en Libye. Cela suppose « d’avoir des échanges plus flexibles de munitions entre les Nations alliées » insiste-t-on à l’OTAN. Et c’est particulièrement complexe à mettre en oeuvre, me précise un officier. « Il faut définir où sont situés ces stocks. En avoir un seul, expose à des risques. Il faut aussi définir les modalités d’accès. Est-ce H24. Et dans quelles conditions. »
  5. Centre de formation multinational de l’aviation (Multinational Aviation Training Centre). Objectif : en tirant partie de l’expérience de l’Afghanistan, renforcer la formation de haut niveau des pilotes d’hélicoptères et équipages au sol. Ce projet doit permettre de faciliter le déploiement de détachements d’hélicoptères en soutien de missions de l’OTAN comme de préparer des équipes de conseil aéronautique, qui pourraient former les forces nationales afghanes. NB : un projet déjà entamé, en liaison avec l’Union européenne (comme quoi la coopération UE-OTAN fonctionne). Projet conduit par la république Tchèque.
  6. Mise en commun de modules de santé (Multinational Medical Treatment Facilities). L’objectif est de développer des équipements modulaires standardisés. L’autre pendant de ce projet – le déploiement sur le terrain – sera développé au sein de l’UE par l’agence européenne de défense (même remarque que précédemment). Projet conduit par la France et l’Italie.
  7. Logistique pour le ravitaillement en fuel (Multinational Logistics Partnership for Fuel Handling). Objectif : optimiser la fourniture de fuel aux forces déployées avec un partenariat multinational. Projet conduit par la France et l’OTAN
  8. Reconnaissance, surveillance et renseignement conjoint (Joint Intelligence, Surveillance and Reconnaissance – JISR). Objectif : renforcer la coopération entre les instruments nationaux et de l’OTAN (comme les AWACS et l’AGS), des programmes communs de formation et d’éducation pour les spécialistes du renseignement. Projet conduit par la France et les USA.
  9. Maintenance des véhicules blindés (Mine Resistant Ambush Vehicle – MRAP).  Objectif : faire des économies sur la maintenance des équipements déployées. Projet conduit par les USA.
  10. Groupe de spécialistes déployables (Deployable Contract Specialist Group). Objectif : créer un groupe de spécialistes sous contrat avec une expertise des procédures de l’OTAN pour établir et suivre les contrats sur les théâtres d’opération.

Ces « nouveaux » projets sont à bien distinguer de programmes stratégiques déjà lancés qui ont une visée plus structurante, notamment le bouclier anti-missiles (lire article séparé prochainement) ou l’AGS (lire : L’AGS, le super drone de l’OTAN), ou de projets d’équipements, principalement aériens :

  • Partage d’avions C17 (Strategic Airlift Capability initiative SAC). Portée par 10 alliés et 2 pays du Partenariat pour la paix qui ont acheté et exploitent en commun plusieurs avions de transport stratégique C17, disposés sur la base de Papa (en Hongrie).
  • Partage d’avions stratégiques (Strategic Airlift Interim Solution (SALIS). Participent à ce consortium 14 alliés et 2 pays du Partenariat pour la paix, qui permettent à l’Alliance de disposer de gros porteurs stratégiques, type Antonov An-124-100, loués à une société ukrainienne. Très utiles, et utilisés pour l’Afghanistan, notamment dans la phase stratégique de retrait. Le problème : le coût horaire, que certains Etats trouvent « exagéré » et dont ils veulent renégocier le montant.
  • AWACS. L’Otan opère avec une flotte de 17 Boeing E-3A ‘Sentry’ dotés du système Airborne Warning & Control System (plus connu sous son acronyme AWACS). Cela permet à l’Alliance de disposer d’une capacité de surveillance terrestre ou maritime propre. C’est un des « rares équipements possédé et opéré en propre par l’OTAN » précise-t-on au QG de l’Alliance.

Citons également la surveillance du ciel balte (Air Policing in the Baltics). Les alliés effectuent par rotation une surveillance et de police aérienne sur les trois pays baltes. Ces pays n’ont pas d’aviation suffisamment armée. Il s’agit pour l’Alliance de rassurer certains de ses membres et montrer ses muscles aux frontières de la Russie, dans un cas. On pourrait mentionner aussi le cas de l’Islande, qui s’inscrit dans une logique semblable : les Etats européens se relaient pour assurer la surveillance aérienne de ce petit bout de terre, dans une zone stratégique, l’arctique et la route aérienne de l’Europe vers les USA, dans le second (Islande), avec toujours le voisinage de la Russie…

(Mis à jour dim. 20 mai avec des détails sur les projets et les pays qui les conduisent).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Commentaires fermés.