La situation en Syrie, invitée des débats des chefs de la diplomatie de l’OTAN

(BRUXELLES2, à Chicago) La situation en Syrie devrait s’inviter au dîner des Ministres des affaires étrangères des 28 membres de l’Alliance atlantique dimanche soir. Le sujet n’est pas vraiment à l’ordre du jour. Mais la situation reste tendue sur place. Et rien ne semble s’améliorer. Tout le monde en semble conscient, à commencer par les responsables politiques. « Nous sommes tous conscients que le plan Annan reste inappliqué » a ainsi expliqué, off record, un officiel, à quelques journalistes (dont B2). « Les armes lourdes restent toujours en dehors des casernes. Tant qu’elles n’y sont pas rentrées, c’est un indice clair que ce plan est difficile respecté (par le gouvernement). (…) Le point dialogue politique est au point mort. »

Le règne de la barbarie

Quant à la présence des observateurs, elle ne permet pas vraiment de faire cesser les combats. « La situation se calme un peu tant que les observateurs passent dans une ville, mais dès qu’ils sont partis, les combats reprennent. (…) Tous les rapports qui nous parviennent de l’ONU attestent d’une cruauté du régime. Ce qui se passe dans les prisons sur les femmes, les enfants, c’est de la barbarie pure. ». le gouvernement syrien accepte bien les observateurs mais il délivre au compte goutte les visas. Ainsi il « ne délivre pas de visas aux Européens » les plus engagés. Seuls quelques uns (Finlandais, Tchèques…) ont obtenu des vises ou des nationaux qui travaillaient dans le cadre des Nations-Unies. L’optimisme n’est pas de mise. « L’opposition reste encore très divisée. J’ai l’impression encore plus qu’au début ».

Assad tient le pays

Le clan Assad s’accroche au pouvoir. « On a affaire à une minorité, une secte, qui n’a pas envie de céder, car elle sait très bien qu’elle ne survira pas. ». » Les quelques personnes qui pourraient faire défection (ambassadeurs, dirigeants…) sont tenus étroitement en surveillance. « Tous les dirigeants du régime, ambassadeurs… ont vu leur famille regroupée, officiellement « pour raison de sécurité « ! On sait ce que cela signifie… »

Le risque de contagion de l’instabilité

Et dans les pays avoisinants, la situation commence à être très tendue. Le risque d’instabilité politique au Liban, n’est pas fortuit. Il « y a une crainte de la contagion au Liban, très réelle ». Le Liban, comme la Jordanie, demandent d’ailleurs l’aide des Européens pour desserrer l’étreinte des réfugiés, les relocaliser. « La question est où ? Dans quel pays ? Cela paraît difficile ». Quant à la Turquie, la situation est à aussi de plus en plus tendue à la frontière turque. « Les Turcs pourraient être tentés de réagir plus durement ». La question de la mise en oeuvre de l’article 5 de l’OTAN (clause de solidarité) pourrait alors redevenir d’actualité.

Reparler des corridors humanitaires

Il faudra aussi bien « parler des corridors humanitaires. D’une manière ou d’une autre, l’idée va revenir. Il va falloir renforcer la mission des observateurs pour qu’ils puissent assurer leur propre transport – au besoin avec des hélicoptères – et leur propre protection. (…) Nous espérons que l’ONU aura des points permanents dans certaines villes. » Avec ces éléments – points permanents, protection des observateurs… – « on aurait quasiment la possibilité de pouvoir faire de la protection dans certains secteurs ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).