La baisse des dépenses de la défense en Europe chiffrée

hélicoptères Couguar et Caracal sur la FOB de Tagab en Kapisa - Afghanistan (Crédit : ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) A quelques semaines du sommet de l’OTAN, à Chicago, j’ai regardé d’un peu plus près l’évolution du budget des pays européens membres de l’Alliance. Selon les dernières statistiques, l’ensemble des budgets européens atteint ainsi, pour l’année 2011, 258 milliards $, soit environ 186 milliards d’euros (selon le taux de change choisi par l’Alliance).

Un seul pays en réelle hausse : le Luxembourg

L’effet des restrictions budgétaires se fait pleinement sentir en 2011. Peu d’Etats semblent épargnés. Seuls le Luxembourg (+3,7 %), l’Estonie (+ 7,6%) et la Lettonie (+4,6%), et plus, étonnamment, la Roumanie (+1,2 %) se détachent au niveau positif. Et encore, faut-il relativiser cette hausse. Il faut noter que tous ces pays ont un petit budget en masse, tout achat supplémentaire a un effet important en %. On observe surtout, mis à part le Luxembourg, un effet de rattrapage plutôt qu’une augmentation réelle. Il faut en effet noter que tous les pays ont subi dans les années précédentes une baisse importante : -12,5% et -2,5% en Estonie ; -37,7% et – 17,7% en Lettonie ; -13,8% et -7,8% en Roumanie). Dans les autres pays, on se situe dans une quasi-stabilité, soit positive : la Pologne (+0,2%), la Norvège (+0,5%) ou la Croatie (+0,8%); soit négative : le Royaume-Uni (-0,7%) (*) ou la Belgique (-0,9%).

La dégringolade

Si quelques pays limitent la baisse des dépenses : l’Allemagne avec -1,5% ; et plus bas la France (*), la Hongrie et l’Italie à (-3,2%), ailleurs c’est la dégringolade. Quelques pays se situent autour de -5-7 % ; des pays en difficulté économique : le Portugal (-7,7%) et d’autres qui sont en meilleure situation (a priori) mais ont choisi de restreindre certaines dépenses notamment celles de la Défense le Danemark (-7,6 %), les Pays-Bas (-4,9%).

Une demi-douzaine de pays franchit la barre des 10 points de baisse, illustrant une situation économique plus que difficile : – 11% en Espagne, -12% en Slovaquie, – 15% en république Tchèque, -17% en Bulgarie, – 18% en Slovénie, -24% en Grèce. La Grèce qui a “perdu” en trois ans un tiers de son budget, passant de 7,3 milliards euros en 2009 à presque 6 milliards en 2010 et 4,6 milliards en 2011 !

(*) On peut remarquer que ce bilan serait plus négatif – si l’opération en Libye n’avait pas lieu – et “obligé” certains pays comme la France ou le Royaume-Uni à engager certaines dépenses opérationnelles supplémentaires.

Hors UE, le fait américain

Dans les pays membres de l’OTAN – non membres de l’UE -, le Canada et la Turquie continuent d’augmenter leurs dépenses (respectivement +3,7% et +3,8%), tandis que les Etats-Unis diminuent leurs dépenses de manière importante (-8,3%) ; une baisse d’autant plus notable qu’elle interrompt un cycle d’augmentation constante du budget entamé dans le début des années 2000.

NB : Le miracle des taux de change. Il faut faire attention aux chiffres et aux conversions en $ – monnaie référence utilisée par les statisticiens de l’OTAN – qui peuvent induire en erreur particulièrement pour les pays de la zone euro. Ainsi le budget français de la défense baisse entre 2010 et 2011 d’un peu moins d’un milliard d’euro  (de 39,2 à 38,4 milliards) tandis qu’il augmente en $ et taux de change courant d’un bon milliard $. (de presque 52 milliards à 54,4 milliards $) !

Le volume des troupes diminue

Le volume des troupes européennes fond à vue d’oeil : de presque 2,1 millions de militaires en 2000 (*), il chute à environ 1,5 millions en 2011, soit – 70.000 personnes en une année de 2010 à 2011. Et cette décrue devrait se poursuivre dans les années prochaines. C’est effectivement l’abandon de la conscription d’abord en France et en Italie puis en Allemagne et en Pologne qui nourrissent essentiellement cette décrue. Parler d’affaiblissement serait cependant un mauvais résumé, on peut davantage parler d’une baudruche qui se dégonfle. Ces sureffectifs ne se justifiant à la fois plus sur le terrain mais surtout ne permettant pas automatiquement une efficacité importante.

On peut cependant remarquer que les troupes US qui avaient connu une semblable baisse après la fin de la guerre froide, passant de 2,1 millions de troupes en 1990 à près de 1,48 millions en 2000, sont restées ensuite quasiment stables, atteignant 1,43 millions de militaires en 2011. L’effectif est même remonté dans la seconde partie des années 2000, sous l’effet des guerres d’Afghanistan et d’Irak : le point “bas” avait été atteint en 2007, avec 1,34 millions de militaires avant de remonter ensuite.

(*) Au lendemain de la guerre froide, les Européens (de l’Ouest) comptaient à eux seuls 2,7 millions de militaires en 1990 ; donc sans compter les troupes d’Europe de l’Est.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

3 réflexions sur “La baisse des dépenses de la défense en Europe chiffrée

  • 1 mai 2012 à 17:24
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    Nous avons bien compris qu’il s’agit de milliards et non de millions !
    Bien que l’article ne le précise pas, ces statistiques n’ont d’intérêt que s’il s’agit bien de dépenses réellement exécutées !
    Il convient cependant de relever aussi que ces budgets ne correspondent pas tous aux mêmes agrégats budgétaires selon les pays et que certains incluent la part TVA des contrats, ce qui conduit à devoir apporter de sérieux bémols à ces statistiques qui ne valent que dans des comparaisons d’une année sur l’autre, à assiette de calculs identiques !
    La remarque relative aux taux de change est fondamentale ! Surtout pour les Etats qui achètent leurs matériels aux USA !

  • 1 mai 2012 à 19:47
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    Même si la Grèce à vu son budget s’effondrer, l’énorme stock de blindés donnée par les Etat-Unis correspond à un don d’au moins 2 milliards de d’euros.

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