Fabius nommé au Quai d’Orsay (maj). Le Alain Juppé de gauche

(BRUXELLES2, mis à jour à 19h25) On attendait Pierre Moscovici, l’Européen, ce sera finalement Laurent Fabius (@LaurentFabius) qui occupera le Quai d’Orsay (le ministère français des Affaires étrangères) remplaçant Alain Juppé, selon les dernières informations qui filtrent de l’Elysée. Informations confirmées par le secrétaire général de l’Elysée à 19h25. Fabius venant dans l’ordre protocolaire en premier de la liste du gouvernement. Il sera flanqué d’un ministre délégué aux Affaires européennes en la personne de Bernard Cazeneuve (@BCazeneuve), maire de Cherbourg et fabiusien, et d’un ministre délégué au Développement, confié à Pascal Canfin (@pcanfin), jusqu’alors eurodéputé écolo et plutôt spécialiste des questions de régulation financière.

A la Défense, c’est bien, comme annoncé, Jean-Yves Le Drian, le président (socialiste) de la région Bretagne qui sera le nouveau locataire de l’Hotel de Brienne (Lire aussi : Le Drian, le monsieur « Défense » de F. Hollande. Portrait d’un Européen). Celui-ci sera assisté par Kader Arif (@kaderarif), un autre eurodéputé (PS), originaire de la région toulousaine, et plutôt spécialiste de la mondialisation, qui sera chargé des Anciens Combattants.

Le Alain Juppé de Gauche

Cette nomination ne devrait pas infléchir notablement la politique étrangère française, du moins celle pratiquée dans la dernière partie du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Dans le parcours, le positionnement au sein de son parti, Fabius est un peu l’alter ego de Juppé pour le PS. Brillant, tête froide, il a une longue carrière derrière lui, marquée par plusieurs coups durs (notamment l’affaire du sang contaminé). Après avoir occupé, l’aile libérale du PS, il campe sur la gauche. Mais, surtout, il occupe un positionnement idéologique sur la tradition de l’Etat, du rôle de l’Industrie, de la France dans l’Europe, des relations avec les USA notamment, dans un certain classicisme, qu’on pourrait qualifier de gaullien.

Vieux routier de la politique

Vieux routier de la politique, membre du PS depuis 1974, Laurent Fabius est jeune quand il accède aux premières responsabilités ministérielles. A 34 ans, il prend en charge en 1981, le portefeuille du Budget, puis de l’Industrie, avant d’accéder (en 1984) à la charge de Premier ministre. Poste qu’il occupe jusqu’à la chute de la gauche en 1986. En 1988, quand le PS est de retour, il préside l’assemblée nationale jusqu’à prendre la direction du PS. Il est député européen de 1989 à 1992. En 1995, il retrouve son poste à l’Assemblée nationale jusqu’à sa nomination au gouvernement Jospin, en 2000, à la tête d’un grand ministère de l’Economie, des Finances et Industrie. A ce titre, il assure le passage du Franc à l’Euro. En 2005 il appelle à voter « Non » au projet de constitution européenne, suivant en cela un feeling politique et quelques convictions. Il sera perçu comme un « traitre » par nombre de ses collègues au PS. Et ne sera pas désigné comme candidat à la primaire socialiste, en 2007.

Critique de la réintégration de l’OTAN

Laurent Fabius avait marqué l’opposition du PS à la réintégration de l’OTAN, d’un commun accord avec Lionel Jospin (avec qui il n’entretient pas – c’est peu dire 🙂 – une amitié notable). Il critiquait cette réintégration, qui « rompait à la fois avec la tradition de la France et avec le consensus, n’était pas utile, pas nécessaire et même, à certains égards, dangereuse ». Il déniait le fait que cela puisse renforcer la défense européenne et demandait un « rapport annuel » pour examiner ce que cela « aura rapporté en termes de défense nationale et européenne ». Regardez son intervention devant l’Assemblée nationale. Un propos qu’il confirmait encore récemment, à l’assemblée nationale. Mais, devant nos collègues de la presse diplomatique (ici), en 2010, il affirmait ne pas vouloir revenir sur cette réintégration. « On ne ressortira pas du commandement. Nous demanderons que les deux exigences formulées par la France – un poids accru de notre pays dans les structures militaires et une défense européenne plus forte – soient satisfaites. »

Partisan du développement européen par cercles successifs

En 2005, lors d’un débat au Parlement européen (auquel j’assistais), il exprimait ainsi ses positions (selon mes notes de l’époque :-)) : « Je suis partisan depuis longtemps de l’Europe des 2 ou 3 cercles. C’est une illusion ou un manque de réalisme que de croire que tous les pays peuvent ou doivent avancer à la même vitesse. (…) S’il n’y a aucune limite, on dilue l’Europe dans un espace qui n’en finit pas d’exister. » Une position ainsi pas très éloignée de celle… de Nicolas Sarkozy. « Qu’est-ce que nos citoyens attendent de l’Europe ? » s’interrogeait-il alors. Et de répondre : « Progresser et protéger, c’est autour de ce couple là que se fait l’adhésion à l’Europe. (Or) L’Europe, ces derniers temps n’a pas beaucoup progressé et elle ne protège pas. C’est seulement si on répond à ces questions qu’on réembraye. Si on ne répond pas qu’on ne s’étonne pas alors qu’il y ait un décrochage dans une partie de la population. »

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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