Et voilà… le drone anti-pirates (maj)

(crédit : ONR / Marine US)

(BRUXELLES2) La chasse aux pirates somaliens et autres donne des ailes aux chercheurs. La marine américaine vient ainsi d’annoncer avoir terminer les premiers essais sur un système embarqué à bord d’un hélicoptère sans pilote spécialement dédié à cette action. Les algorithmes ont « été testés avec succès dans les systèmes basés à terre contre les navires en mer ». Les essais grandeur nature commenceront cet été au large de la Californie, selon l’Agence de recherche de la marine US (*). L’exploitation opérationnelle n’est pas encore précisée.

Ce MMMS – comme Multi-Mode Sensor Seeker – sera capable de distinguer les petits bateaux de pirates d’autres navires. Il est équipé d’un ensemble de caméras haute définition, de capteurs infrarouges et laser radar (LADAR), et d’un logiciel de reconnaissance automatique de cibles, le tout placé sur un hélicoptère robotisé appelé Fire Scout. A l’aide d’algorithmes de reconnaissance de cibles, Fire Scout va exploiter les données collectées en 3D par le LADAR, en comparant les images recueillies à des modèles de navires ou des schémas stockés dans la mémoire du système.

« Les données en 3D vous donnent une longueur d’avance sur l’identification des cibles », explique Dean Cook, chercheur du programme MMSS du Centre de recherche sur l’armement pour l’aéronavale (NAWCWD). « Les caméras infrarouges et autres produisent des photos 2D, et les objets peuvent être difficiles à identifier automatiquement. Avec les données LADAR, chaque pixel correspond à un point 3D dans l’espace, l’algorithme de reconnaissance automatique de cible permet de calculer les dimensions d’un objet et de les comparer à celles d’une base de données.  »

L’objectif de cet engin : décharger les marins d’une tâche fastidieuse. « Les marins qui contrôlent les systèmes de surveillance automatique peuvent devenir surchargés de données, à force de passer au crible des heures durant des vidéo en continu la recherche d’un seul navire », justifie Ken Heeke, chargé du programme de la guerre navale de l’Agence de recherche de la marine (ONR). « Le logiciel de reconnaissance automatique de cible donne à Fire Scout la capacité de distinguer les bateaux cibles dans les eaux côtières encombrées en utilisant LADAR, et il envoie cette information à des opérateurs humains, qui peuvent ensuite analyser ces navires avec une image 3D. »

* Le logiciel a été intégré dans une tourelle BRITE Star II par une équipe de chercheurs du NAWCWD, de l’université d’Utah et de Raytheon, FLIR Systems, BAE Systems, pour les essais en vol à bord d’un hélicoptère d’essai « habité ». L’évaluation de vol sera effectué contre des groupes d’environ sept petits bateaux dans un espace maritime réservé à l’armée.

(MAJ) Précisons que les 14 hélicoptères Fire Scout de la marine américaine sont aujourd’hui assignés au sol après deux accidents survenus coup sur coup. Le premier a eu lieu au large des côtes africaines, le 30 mars dernier, alors qu’un MQ-8B Fire Scout opérait au large de l’USS Simpson, de retour d’une mission de surveillance maritime. Ce qui était en cause était le système UCARS – dispositif nécessaire à l’appontage. Malgré plusieurs essais, l’hélicoptère a dû atterrir (amerrir plutôt) à distance du navire, où il a été récupéré plus tard par l’équipage. Plus récemment, le 6 avril, un Fire Scout opérant dans le nord de l’Afghanistan s’est craché lors d’une mission de surveillance de routine, pour une cause « inconnue ». « Les procédures opérationnelles et de performance du système sont soumises à révision » précise un communiqué de la marine.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).