Au diner des ministres de la Défense de l’Union européenne : comment préparer Chicago

(BRUXELLES2) Les ministres de la Défense de l’Union européenne vont se rencontrer à Val Duchesse – un chateau royal dédié aux rencontres officielles ou discrètes du gouvernement belge – pour un court diner à 26 avec un sujet principal : la préparation du message européen pour le sommet de Chicago de l’OTAN, en premier lieu sur les capacités – coopération avec l’OTAN importante à la fois pour le déploiement sur le théâtre et les capacités. Tous les ministres ne devraient pas cependant participer à cette réunion au format assez inédit, en marge de la réunion de l’OTAN. Ainsi le ministre français Gérard Longuet a déjà fait savoir qu’il ne serait pas là. Il est vrai que l’objectif de la réunion est relativement flou.

Selon un “non paper” qui a été distribué en prélude à cette réunion – et que B2 a pu lire -, l’objectif essentiel est d’une part de « maintenir le “momentum politique” » et de développer une approche soutenable et systématique dans le développement de capacités en coopération ; d’autre part, il s’agit de pouvoir délivrer un “message ambitieux de l’UE à Chicago”. Sur le développement des capacités, les Européens semblent vouloir souligner qu’il faut « pleinement exploiter les synergies possibles dans les politiques de l’Union européenne au sens large », notamment en « matière d’industrie, de recherche et de technologie ». En d’autres mots, comment aller puiser dans les budgets de la Commission européenne, consacrés à la recherche et technologie, richement dotés (le prochain 8e PCRD), et qui étaient jusqu’ici essentiellement réservés à des objectifs “civils” pour le consacrer davantage à la sécurité et à la défense.

Trois pistes de réflexion du long au court terme

Plusieurs pistes de réflexion pourraient être débattues. En premier lieu, l’agence européenne de défense pourrait développer une vision du Pooling and sharing à long terme, horizon 2020, dans un souci de “réalisme budgétaire et de pragmatisme”. En second lieu, les Etats membres pourraient aussi de façon plus systématique intégrer les solutions du Pooling and Sharing dans leurs cycles nationaux de planification de défense (investissements…), en définissant le “niveau acceptable d’interdépendance” au regard de “l’optimisation des coûts et charges“. Ce qui pourrait conduire à un certain “changement d’état d’esprit“. On retrouve là un peu la méthode dite “stratégie de Lisbonne” (*) avec la fixation des objectifs économiques et sociaux globaux déclinés dans des plans nationaux. Enfin, la Commission et l’agence européenne de défense sont “invitées” à présenter d’ici la fin de l’année des propositions concrètes pour établir des synergies entre les initiatives “pooling and sharing” (dépendant des Etats membres) et les autres politiques correspondants de l’Union européenne qu’il s’agisse de la Recherche, de l’Industrie, du Marché intérieur ou de la Croissance. L’Agence devant alors prendre en compte les initiatives qui se développent à titre bilatéral (franco-britannique, belgo-néerlandaise, austro-lettone…) ou multilatéral (Benelux, nordique, Visegrad).

Un message ambitieux pour Chicago

L’Europe que ce soit dans le cadre de l’OTAN ou de l’Union européenne a « besoin de capacités opérationnelles supplémentaires pour atteindre ses objectifs stratégiques. Et cela nécessite des efforts continus pour atteindre cet objectif. » Voici le message principal que les Européens veulent délivrer. En clair : ‘Oui nous sommes conscients du problème. Et nous avons pris des initiatives pour le résoudre’. Ils veulent aussi préciser « éviter toute duplication entre les deux initiatives “pooling and sharing” de l’UE et “Smart défense” de l’OTAN. Bizarremment, il est mentionné que ces capacités pourront être « utilisées sur une base nationale aussi bien que dans le cadre de l’OTAN », … mais pas de l’UE ou de la PeSDC (mais sans doute ai-je mal saisi la finesse de l’anglais :-)).

A Chicago les membres des “27” qui y seront présents (21 des 27 sont membres de l’OTAN) devraient présenter l’ensemble de propositions “concrètes” définies au dernier Conseil des ministres de la Défense, réitérer leur engagement à développer les capacités nécessaires pour atteindre les objectifs de la PeSDC (politique européenne de sécurité et de défense commune) et “assumer une responsabilité plus grande sur la scène internationale“, souligner la “plus value potentielle qu’offre l’UE dans le domaine du développement des capacités“. Et bla, bla, bla…

Une déclaration Benelux

Nb : Les pays du Benelux profiteront de la réunion pour pousser leur coopération en signant un accord “Benelux” de pooling and sharing. Voir article séparé.

Lire également : Pooling and sharing, c’est l’printemps…

(*) Il s’agit ici de la stratégie de Lisbonne “civile” définie au sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, à Lisbonne en mars 2000. Non du sommet de Lisbonne de l’OTAN en novembre 2010 qui a défini un nouveau concept stratégique.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).