Congo : priorité à la réforme de sécurité, pour les ONG

Le rapport adresse un certain satisfecit à la mission EUSEC - Ici les nouveaux diplômés de l'Ecole d’Administration de Forces Armées à, Kananga (crédit: SEAE, janvier 2012)

(BRUXELLES2) Il est urgent de réformer le secteur de la sécurité au Congo RDC pour ne pas continuer à gaspiller une aide internationale qui représente pourtant la moitié du budget du pays. C’est l’appel lancé par plusieurs ONG internationales et congolaises (*), qui publient un rapport. Une lecture intéressante qui dresse un tableau sans compromis sans pour autant sombrer dans le fatalisme.

En cause: la corruption endémique

Selon ce rapport, « l’investissement de milliards de dollars a eu peu d’impact sur la vie des Congolais ». En cause: la corruption des autorités locales et notamment les militaires, « accusés de s’être largement impliqués dans les plus graves atteintes aux droits humains ». Des personnes haut-placées dans la hiérarchie qui se servent dans les salaires des troupes, des pots-de-vins, la participation à des exploitations illégales, ou encore le racket contre une protection armée: autant de pratiques qui minent le développement du pays. L’armée n’est pas la seule responsable: « La corruption de la police est endémique et quasiment toute forme de protection judiciaire demeure inaccessible à une vaste majorité de la population. » Un secteur de la sécurité efficace, c’est-à-dire « organisé, doté de ressources adéquates, formé et soumis à des contrôles » est indispensable si l’on veut un développement à long terme, estiment les ONG. Une sorte de socle nécessaire pour toute le reste en quelque sorte.

Double responsabilité: congolaise et internationale

Le rapport pointe aussi l’action internationale. « Les partenaires internationaux de la RDC ont fait preuve d’incohérence politique et d’une coordination déficiente ». Des fonds « minimes » ont été consacrés à la réforme du secteur de la sécurité. En effet, sur les 14 milliards de $ investis au titre de l’aide internationale, seulement un peu plus de 1% l’ont été à la réforme du secteur de la sécurité. « L’inade?quation de la coordination s’est solde?e par des interventions mene?es au coup par coup et s’appuyant sur des impe?ratifs contradictoires a? court terme. »

Malgré tout, quelques succès, comme la mission Eusec

Malgré tout, certains progrès ont été réalisés, note le rapport ; ce qui montre qu’il y a un « espoir ». « La hausse du nombre de poursuites en justice pour violence sexuelle – dont celle d’un officier supe?rieur – et la re?inte?gration d’enfants soldats de?montrent que justice peut e?tre faite. Les unite?s des FARDC forme?es par les Etats-unis, l’Afrique du Sud et la Belgique ont obtenu de bons re?sultats lors d’interventions mene?es dans des environnements nationaux de?licats. un recensement des effectifs militaires est presque termine?. »

Le rapport remarque aussi les bons résultats de la mission européenne EUSEC, a connu un certain succe?s avec son projet de « chai?ne de paiement » – en veillant a? ce que tous les soldats touchent leur salaire -, l’exercice de recensement du personnel des FARDC, le de?veloppement d’une « doctrine logistique » et la formation administrative. Ce projet « montre qu’une re?forme structurelle ne doit pas force?ment e?tre one?reuse si le soutien est correctement cible? ».

Quelques recommandations à l’UE, à l’ONU et au Congo

Le rapport engage l’Union européenne à « renouveler les mandats » de l’EUSEC et de l’EUPOL, à insister sur la ne?cessite? de re?aliser des progre?s dans le domaine de la RSS lors de la revue de programme pre?vu pour 2012, à se tenir « pre?te a? offrir une assistance technique a? la RDC pour l’aider a? e?laborer un plan de re?forme strate?gique pour l’arme?e ». Elle lui demande également « e?tendre les sanctions cible?es aux individus (personnalités militaires et politiques) qui entravent le bon de?roulement de la RSS ».

Elle propose également d’étendre le Groupe de contact sur les Grands Lacs (États-Unis, Royaume-Uni, Union européenne , ONU, France, Belgique et Pays-Bas) à des partenaires clés comme l’Angola, l’Afrique du Sud, mais aussi la Chine. Le mandat de la MONUSCO (mission de maintien de la paix de l’ONU) devait être modifié afin « d’inclure le soutien au gouvernement de RDC en matière de réforme du secteur de la sécurité ». Enfin il souhaite un « engagement politique fort de la part des autorités congolaises, notamment en excluant des postes à responsabilité les personnes qui entravent la réforme de la sécurité ».

Une aide importante de la communauté internationale

Le Congo bénéficie d’une aide internationale non négligeable. Le seul coût de la mission MONUC / MONUSCO atteint environ 1,36 milliards $ en 2010-2011 (un coût en légère augmentation par rapport à la période 2006-2008 où on atteignait 1,1 milliard $ en rythme annuel), soit un montant de 6 milliards $ sur cinq ans (2006/2007 à 2010/2011). Des frais couverts essentiellement par les pays les plus développés : 1,47 milliard $ par les Etats-Unis (294 millions $ annuel), 499 millions $ par le Royaume-Uni (100 millions annuel), 464 millions $ par la France, etc. Un chiffre à mettre en relation avec… le coût de la mission Eusec au Congo : 13,6 millions d’euros pour la période 2011-2012 !  supporté par le budget de l’Union européenne.

A cela, il faut ajouter les dépenses que les Etats engagent de manière bilatérale (non compris les remboursements de dette) qui se montaient en 2010 (chiffres OCDE) : USA (277 millions $), Royaume-Uni (188 millions), Belgique (165 millions), Allemagne (77 millions), Suède (71 millions), Espagne (32 millions), Pays-Bas (20 millions)…

Télécharger l’étude dans les Docs de B2

(*) Organisations internationales : Eastern Congo Initiative (ECI), Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), Groupe des parlementaires britanniques sur la région des Grands Lacs en Afrique (UK APPG), Open Society Initiative for Southern Africa (OSISA), Réseau européen pour l’Afrique centrale (EURAC), Réseau œcuménique  pour l’Afrique centrale (OENZ), Refugees International, The Enough Project.  Organisations congolaises : Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme (ASADHO), Groupe Lotus, Ligue des Electeurs, Pole Institute, Réseau pour la Réforme du Secteur de la Sécurité et de la Justice (réseau de 289 ONG congolaises visant à contribuer à la réforme du secteur de la sécurité)

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