Syrie, une résolution du Conseil de sécurité, enfin !

(B2) Ils seront 30 observateurs militaires « non armés » qui seront chargés d’aller en Syrie pour veiller au cessez-le-feu. Mission : « assurer la liaison avec les parties et commencer à rendre compte des progrès accomplis sur la voie de la cessation de la violence armée sous toutes ses formes par toutes les parties ».

Accord russe

La résolution a été adoptée par le Conseil de sécurité, ce samedi en fin de matinée (heure de New-York), à l’unanimité. La Russie a donc levé son veto sur un texte envers son allié syrien. Vitaly Churkin, l’ambassadeur russe aux Nations-Unies, a expliqué que « les conséquences d’une aggravation de la crise syrienne pourraient être extrêmement dévastatrices, aussi bien pour la Syrie que pour la région du Moyen-Orient dans son ensemble ». Mais il a aussi mis en garde contre les « tentatives d’ingérences extérieures qui auraient des effets destructeurs ». Il a enfin insisté sur le fait que « toutes les parties, y compris l’opposition armée au Gouvernement syrien, doivent abandonner la violence, respecter entièrement le plan en six points de M. Annan et s’engager dans un processus de dialogue politique ».

30 observateurs militaires pour préparer une mission

Cette mission est « préparatoire » d’une mission plus conséquente. « Cette mission opérera en attendant le déploiement d’une mission des Nations Unies en Syrie chargée de vérifier que toutes les parties cessent de se livrer à la violence armée sous toutes ses formes. » Le Conseil de sécurité demande également au gouvernement syrien. de faciliter « le déploiement rapide et sans entrave de son personnel et des moyens nécessaires à l’exécution de son mandat » et « en lui garantissant la liberté de communiquer de manière confidentielle avec des personnes dans toute la Syrie, sans que ceux qui auront des contacts avec la mission ne fassent l’objet de représailles ». L’ONU demande également au Gouvernement syrien « d’honorer de manière visible et dans leur intégralité » les engagements qu’il a pris.  Il lui demande ainsi « de mettre fin aux mouvements de troupes en direction d’agglomérations, de cesser d’utiliser des armes lourdes dans des agglomérations et de commencer à retirer les troupes concentrées dans des agglomérations et aux alentours ».

Réactions européennes : beaucoup trop tard

Lors de l’adoption de la résolution, les Européens présents au Conseil de sécurité ont insisté sur le coté tardif de cette résolution, demandé à ce que les responsables des actes soient jugés et appelé le gouvernement à respecter ces engagement. C’est un « tournant, celui de la capacité retrouvée de la communauté internationale à parler d’une seule voix pour trouver une issue à la crise syrienne » a expliqué Gérard Arraud (France) qui a cependant lancé un double avertissement aux Russes et Iraniens, et aux Syriens. « Si certaines parties persistent dans leur « soutien têtu » à un régime qui a prouvé son inhumanité, cela pourrait avoir des conséquences négatives ». Quant à « la cessation des violences ne devait pas se limiter au seul retrait des armes lourdes des centres urbains, mais qu’il fallait également s’assurer de la fin des actes de violence sous toutes les formes imaginables ». Notamment il y a « nécessité de voir la fin des actes de torture et de violence sexuelle »

Mark Lyall Grant (Royaume-Uni a regretté que ce texte « n’intervienne qu’après une année de souffrances imposées au peuple syrien par le régime en place qui ne pense qu’à sa propre survie ». « Pendant plus d’un an,le Gouvernement syrien a notamment détenu arbitrairement et torturé de nombreuses personnes, ce qui a conduit 45 000 Syriens à fuir vers les pays voisins. Pendant tout ce temps là, le régime syrien a ignoré les appels lancés par la communauté internationale en vue de faire cesser ces violences ».

La mission doit être dotée des moyens conséquents

« Damas doit changer de cap afin de permettre la cessation de toutes les violences » a précisé Peter Wittig (Allemagne) qui a insisté pour que les conditions soient créées pour que cette mission préparatoire et celle qui suivra puissent pleinement exécuter leurs mandats. « Nous connaissons trop d’exemples de missions des Nations Unies qui n’ont pas pu pleinement exercer leurs fonctions parce que les parties voulaient les manipuler et les utiliser à leur propre profit. (…) Le déploiement de cette mission ne devra pas seulement servir à geler la situation sur le terrain..

« Tous les auteurs de violations des droits de l’homme doivent répondre de leurs actes » a précisé José Filipe Moraes Cabral (Portugal) appelant le gouvernement « à retirer toutes les armes lourdes des agglomérations et d’assurer un accès humanitaire sans entrave ». « C’est un « élément central du processus de transition » a complété le représentant allemand.

Télécharger le texte de la Résolution 2042

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).