La Grèce fait son marché à Washington

Leon Panetta et Dimitri Avramopoulos dans l'escalier du Pentagone (crédit : ministère US de la Défense)

(BRUXELLES2) 500 chars de combat Abrams M1A1 (soit 100 de plus que l’offre initiale américaine), 700 véhicules blindés de transport de personnel de type M-113, un nombre « important » de véhicules Hummer, voire des hélicoptères Apache… les emplettes du ministre grec de la Défense, Dimitri Avramopoulos, et de son chef d’Etat-Major, au Pentagone ont été fructueuses. Tout cela pour 0 euro, l’offre est alléchante et imbattable pour tout Européen normalement constitué…

Ces véhicules sont, en effet, offerts par les Etats-Unis et proviennent de leurs stocks. Et le transport – un point clé qui bloquait toute négociation puisqu’il représente un coût non négligeable de 10 millions d’euros – pourrait être assuré par des « sponsors privés », des armateurs et des expatriés aux Etats-Unis, selon le quotidien grec Kathimérini. Ce sans compter la maintenance et remise en état, pour lesquels les Grecs escomptent un coup de pouce des Américains. Tout n’est pas encore tout à fait réglé. Et les chefs d’Etat-major respectifs, le Grec Michael Kostarakis et l’Américain Martin Dempsey, ont convenu de se reparler au téléphone directement, pour finaliser l’accord négocié par leurs équipes. Les Allemands ou Néerlandais qui pouvaient être tentés de vendre leurs surplus de chars Leopard en seront pour leurs frais…

Vaste tour d’horizon

Lors de l’entretien avec Leon Panetta, les deux ministres de la défense ont également fait un large tour d’horizon des questions stratégiques du moment, à commencer par la Méditerranée, le Moyen-Orient, Chypre et le statut de la Macédoine/Fyrom (le litige portant sur le nom de l’ex-république yougoslave de Macédoine bloque toujours son intégration pleine et entière dans le processus d’adhésion à l’OTAN). « Le système de défense national grec, en dépit de la crise économique continue d’être l’être des plus forts et plus sûrs de la région et sera toujours un (outil) au service de la paix, de la coopération, de la sécurité et de la stabilité dans notre région » a déclaré à la presse le ministre grec à l’issue de cette réunion.

Un geste sans contreparties ?

Ce geste américain est destiné à remercier la Grèce pour son engagement lors de la Libye notamment et dans la lutte anti-piraterie, assure-t-on officiellement. Mais on ne connait pas très bien encore tous les tenants de la (des) contrepartie(s) offerte(s) les Grecs. (*). Avramopoulos en aurait aussi profité pour vanter les mérites des tailleurs grecs qui pourraient contribuer à fournir l’armée américaine en uniformes… Ce qui semble aussi certain, c’est que les Américains veulent contrebalancer leurs efforts dans la région ; ils mènent actuellement des manoeuvres militaires conjointes avec les Grecs et les Israéliens. « Une alliance stratégique » a précisé Avramoupoulos qui a profité de ce séjour outre-Atlantique (sur trois jours) pour rencontrer non seulement la communauté grecque expatriée mais aussi déjeuner avec différents responsables influents de l’American Jewish Committee. La Grèce occupe un point stratégique face à un Proche-Orient et à un monde arabe en pleine ébullition, et à un Iran menaçant. De façon générale, le ministre hellenique s’est ainsi engagé à développer « des programmes de coopération en matière de défense » avec les Américains. Plus concrètement, les Américains souhaiteraient également que les Grecs s’impliquent de façon plus active dans le bouclier anti-missiles en cours de déploiement en Europe.

(*) Je ne crois pas à l’acte de « pure » générosité en matière internationale 🙂

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