L’Ukraine associée à l’Europe fera-t-elle un peu plus pour la Défense ? (v2)

(B2) La coopération en matière de sécurité et défense est un point important affirme Viktor Klimkin, ministre ukrainien des Affaires étrangères. Voyons cela en détail, avec lui, et son porte-parole…

Des soldats ukrainiens de la KFOR au Kosovo, le 6 décembre 2009 (crédits: © KFOR Photos by Major Petro Gasay, Ukrainian Army)

Les négociations du nouvel accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne sont terminées. Et un projet d’accord a été paraphé ce 30 mars. Une petite prouesse pour les signataires, il fallait parapher chacune des presque 1500 pages du texte (1). Après cet exploit, Pavlo Klimkin, vice-ministre des affaires étrangères et négociateur en chef coté ukrainien, a répondu à quelques questions de journalistes au Brussels Europe Press Club. B2 y était. Et notre intérêt portait bien sûr davantage sur

La « perspective européenne », facteur de déblocage ?

Cet accord devrait permettre davantage de coopération avec la PSDC européenne. C’est en tout cas ce que nous a confié le porte-parole de M. Klimkin. « Nous avons beaucoup d’idées » à ce sujet, à déclaré le vice-ministre. « L’Ukraine sera très active dans les activités de la PSDC ». La signature de l’accord constitue une étape, presque une condition, pour une étudier les pistes de la coopération entre l’Ukraine et l’agence européenne de défense (EDA). Rien de précis à se mettre sous la dent pour l’instant cependant.

La participation à EU NAVFOR Atalanta : projet fantôme, reculé faute de budget ?

En ce qui concerne les opérations, c’est Atalanta qui pourrait être une priorité pour l’Ukraine, nous a confié le porte-parole. Le vice-ministre a lui aussi évoqué l’opération anti-piraterie de l’UE et rappelé le dernier projet en date : la mise à disposition d’un avion de reconnaissance (un Antonov An-26). Cette idée ne date pas d’hier, et a été retardée par «des obstacles qui ne sont pas liés à l’Ukraine» selon V. Klimkin.

L’avion pourrait être déployé en octobre 2012, selon Vasily Filipchuk, directeur du département politique du ministère des Affaires étrangères ukrainien. En réalité, les raisons du retard sont essentiellement financières, le mécanisme de financement commun des missions militaires, Athéna, ne pouvant s’appliquer à un État non-membre. De plus, le budget défense de l’Ukraine n’est pas forcément suffisant pour « absorber » un tel engagement, même si l’Ukraine l’augmente considérablement ces derniers temps : +30% annoncés pour 2012. Ce qui ne représente « que » 1,1% du PNB et un montant 6 fois inférieur à celui de son voisin polonais.

L’idée d’une participation ukrainienne à cette opération a été acceptée depuis longtemps, le COPS l’ayant avalisée en mars 2010 (lire l’article: Le COPS accepte la participation ukrainienne à EUNAVFOR Atalanta). Et l’Ukraine participe déjà à cette mission, mais de manière pour le moins réduite, avec … un officier détaché au QG opérationnel de Northwood. Toujours pas de navire (c’est le cas pour la Norvège, autre État non-membre participant à l’opération), même si l’idée avait été lancée à plusieurs reprises (notamment le fleuron de leur marine, le navire-amiral destroyer Hetman Sagaydachniy). On comprend l’intérêt de l’Ukraine pour cette mission, ses bateaux et marins n’étant pas épargnés par les pirates. En 2008, la prise par les pirates du cargo « Fajna », de ses marins et de son chargement d’armes avait persuadé les ukrainiens de la nécessité de s’engager. Lire également: La participation des Ukrainiens à Atalanta se précise.

Un statut particulier de pays non aligné

L’Ukraine possède un statut international particulier, celui d’État « non rattaché à un bloc », non-aligné en quelque sorte. Une position qui lui interdit toute intégration formelle à une alliance militaire (OTAN en particulier). Cela n’est pas un obstacle, selon le vice-ministre : « Cela n’entravera en aucun cas notre participation aux activités de la PSDC ». Cette position reste assez floue. Il semblerait qu’il s’agisse d’une position plus théorique que pratique, mais qui permet à l’Ukraine de choisir au cas par cas, « à la carte » en quelque sorte. Le porte-parole l’a d’ailleurs admis, l’Ukraine participera là où « ses intérêts stratégiques » sont en cause. La Somalie donc, par exemple. On pense aussi à des régions voisines, même si là, le voisin Russe sera à prendre en considération.

… mais une coopération soutenue avec l’OTAN

Ce statut n’empêche d’ailleurs pas en réalité l’Ukraine de coopérer avec l’OTAN, en organisant des exercices en commun mais aussi au niveau politique par des réunions régulières. Elle participe même activement à certaines de ses missions : Afghanistan (ISAF) – comme avant en Irak (formation uniquement), Méditerranée (opération Active Endeavour, où l’Ukraine déploie un navire chaque année)… Elle participe également à de nombreuses missions de maintien de la paix de l’ONU (Côté d’Ivoire, Soudan, Libéria, etc). Seul bémol, sa contribution aux missions européennes est moins importante.

Une coopération avec la PSDC en dents de scie

La coopération plus spécifiquement avec l’UE a eu des hauts et des bas. Les choses semblaient pourtant en bonne voie après l’élection de Viktor Iouchtchenko en 2004. L’Ukraine avait signé en 2005 un accord d’échange d’informations confidentielles, et pouvait à partir de la même année s’aligner sur des positions communes de l’UE (mécanisme traditionnellement appliqué aux pays candidats). Selon un rapport officiel publié par les autorités ukrainiennes en mars 2010, l’Ukraine s’était alignée avec 90% des positions communes jusque là. Or, depuis l’élection du nouveau président Victor Yanoukovich en février 2010, les choses ont changé.

Un alignement partiel sur les positions européennes

En 2010, l’Ukraine ne s’est alignée qu’avec 26 sur 44 des positions communes de l’UE. En ce qui concerne les opérations, mis à part Atalanta (où la contribution reste assez maigre, aujourd’hui), l’Ukraine fait partie de la mission EUBAM Moldavia (assistance aux frontières) – qu’elle accueille en partie sur son sol – ainsi que la mission MPUE en Bosnie-Herzégovine (police) – qui est phase de fermeture. Au 2e semestre 2011, elle avait participé au battegroup HELBROC, emmené par les Grecs (avec la Roumanie, la Bulgarie et Chypre).

Une contribution assez limitée à la PSDC

Pour l’instant, la contribution « très active » de l’Ukraine aux activités de la PSDC paraît donc assez limitée en réalité. Outre la question budgétaire, un des points de désaccords majeurs semble également politique. La position de l’Union européenne, vis-à-vis de la Biélorussie, ne plait pas trop à Kiev. L’Ukraine avait d’ailleurs refusé en février 2011 de se joindre à la déclaration du groupe de Visegrad à l’encontre du régime.

Commentaire : L’Ukraine reste un partenaire important pour la sécurité et la défense de l’UE, parmi les voisins orientaux. Et certainement de plus en plus d’ailleurs. Son statut de pays non aligné ne veut pas dire qu’il est neutre. L’Union européenne devrait alors veiller à ce que la non-neutralité ukrainienne soit orientée plutôt vers l’Ouest…

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Cet accord succède à l’accord de partenariat et de coopération (APC) signé en 1998. Il devrait être signé officiellement à l’automne, puis ratifié par chacun des parties, ce qui devrait prendre quelques années de plus. Contrairement à ce que souhaitait l’Ukraine, et qui était mentionné dans un premier temps, il ne mentionne pas de « perspective européenne » d’adhésion pour le pays. Comme l’a précisé un porte-parole de la Commission l’accord d’association amènera l’Ukraine aussi proche que possible de l’UE, sur la base des principes clés de l’intégration économique et de l’association politique, mais il ne préjuge pas de développements futurs des relations entre l’Ukraine et l’UE.

(Mis à jour : précisions sur la notion de conclusion des négociations de l’accord d’association, et non sa signature)