G. Longuet : la dynamique est maintenue sur l’Europe de la Défense

Gérard Longuet avec son homologue allemand Thomas de Maiziere(crédit : Otan)

(BRUXELLES2) Gérard Longuet, le ministre français de la Défense, a tenu jeudi (8 mars) devant quelques journalistes à tracer un bilan positif des 5 années du gouvernement sous Nicolas Sarkozy. B2 n’y était pas. Mais nous avions une petite souris… « Contrairement à ce qu’on a dit, on peut avoir au bout de cinq ans une vision très décomplexée, et le bilan est plutôt satisfaisant » sur la politique européenne de Sécurité et de Défense commune (PSDC) a expliqué le Ministre qui tenait là un de ces derniers points de presse avant le début de la campagne officielle. Nous « n’avons pas avancé sur tous les sujets mais nous avons avancé sur certains points ». Pour Gérard Longuet, il ne faut pas rougir du bilan. « Beaucoup d’opérations – Géorgie, Kosovo, Tchad, piraterie – ont été lancées sous la présidence française ou sous impulsion française. » Ce qui n’est pas tout à fait une exception. Si on regarde les 24 opérations lancées depuis plus de dix ans, il en a été souvent ainsi tout au long du jeune parcours de la PESD/PSDC. « La dynamique est maintenue ».

Ne pas opposer les structures OTAN ou PSDC, tout peut être l’Europe de la défense

Il ne s’agit pas de construire l’Europe de la défense contre l’OTAN a insisté le Ministre. « Nous n’avons pas réintégré l’OTAN en sacrifiant la PSDC. La réintégration du commandement de l’alliance a permis de rendre OTAN plus efficace et plus européenne » explique-t-il, exemple de la Libye à l’appui, une opération conduite essentiellement par des pays européens.Et il ne sert à rien d’opposer les institutions. « La politique européenne de défense ne se conduit pas que dans l’UE. » Pour lui, on ne peut d’ailleurs séparer l’Europe de la Défense de l’OTAN ou de travail bilatéral ou multilatéral. « Nous travaillons sur les trois volets : la PSDC, l’OTAN, les accords bilatéraux ou multilatéraux. » Et « ne travailler que sur une institution n’est pas la meilleure voie ».

La sécurité ce n’est pas que les opérations

Le fait aussi que « l’Union européenne ait été aussi unie sur le dossier iranien – sur impulsion française -, et plus encore avec les sanctions fait son effet. Elles ont ralenti le programme nucléaire iranien et poussé le régime à négocier avec les six puissances – dont 3 pays européens. C’est aussi tout cela la politique de défense et de sécurité » assure-t-il.  Il faut préciser que ces sanctions européennes vont bien au-delà de celles du Conseil de sécurité de l’ONU qui sont plus limitées du fait des lignes rouges russes et chinoises. On peut être parfois avoir des « déceptions » comme par exemple en Libye. Si le rôle de l’Europe a été déterminant au plan politique, avec des déclarations, des sanctions adoptées très tôt, l’action militaire a été moins importante. « On peut le déplorer. Mais l’opération a aussi mis en lumière des lacunes capacitaires qui peuvent être comblées par l’UE », comme sur les ravitailleurs.

L’Europe a tous les instruments pour exercer ses responsabilités en matière militaire

Et l’Europe dispose aujourd’hui avec le Traité de Lisbonne de structures, rappelle l’entourage du ministre. « Sur le plan institutionnel, il y a des progrès : nous avons ce poste de Haut représentant. » Certes « on peut discuter l’utilisation des instruments mais les instruments sont là. L’Europe a même aujourd’hui tous les instruments pour exercer ses responsabilités en matière militaire et tous les moyens d’exister sur le plan de défense. » L’Agence européenne de défense notamment a été redynamisée avec l’arrivée de Me Arnould ». Et le ministre de préciser : « Nous n’avons pas encore l’État major permanent que la France défend, car il n’y a pas d’accord de tous les ministres sur cette question. Mais j’espère que le moment venu, on pourra l’instituer. » On peut remarquer qu’il y a eu un « consensus en février dernier pour continuer à y réfléchir, sur la base du rapport de la Haute représentante ». « Cette option n’est pas écartée. Au contraire ».

L’avantage français : sa rapidité de décision

Le ministre a aussi repris une antienne déjà développée à d’autres occasions mais qui mérite également d’être précisée. La France a un avantage en matière militaire c’est « de pouvoir mobiliser les armées sans approbation parlementaire préalable, d’avoir une armée réactive. Nous pouvons facilement assurer le commandement d’une opération de l’ONU, nous intégrer dans une force multinationale… » Cette souplesse du commandement français contraste avec celui pratiqué, outre-Rhin notamment. Les Allemands sont obligés de passer par le Bundestag ; ce qui est en partie la cause de leur non-intervention en Libye. « Nous avons un contrôle au bout de 4 mois, ce qui est un progrès sans brider l’action du chef es armées permettant de lancer une opération. C’est cette rapidité de décision et d’action qui a permis de sauver des vies à Benghazi. Il y avait là une question de jours.  »

Commentaire : Dimanche, François Hollande présente sa position sur la Défense. Ce n’est pas tout à fait un hasard que G. Longuet prenne la parole avant. Mais, d’ores-et-déjà, on peut difficilement tracer de grandes lignes de fracture entre PS et UMP, du moins si on réfère à ce que disent les conseillers socialistes (notamment Louis Gautier) qui se sont exprimés sur B2 également. Lire aussi :

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

2 réflexions sur “G. Longuet : la dynamique est maintenue sur l’Europe de la Défense

Commentaires fermés.