Congo : Les experts sont de l’autre coté du fleuve

Dépot d'armes au Camp Kokolo de Kinshasa (crédit: EUSEC/Union européenne)

(BRUXELLES2) Face à l’explosion d’un dépôt de munitions au Congo (Brazzaville), l’Europe a une certaine expérience de la sécurisation d’armements. Inutile de chercher loin… Il suffit de traverser le fleuve, à Kinshasa, en République démocratique du Congo. La mission déployée par l’Union européenne, d’assistance à la sécurité (EUSEC) a entamé un travail en 2011-2012 de sécurisation des armements. « Nous avons cerné deux problématiques : la circulation d’armes. Mais aussi un problème très concret de stockage des armements. Nous avons un réel risque d’explosion » me confiait il y a peu un expert du dossier.à la mission Eusec.

NB : si un tel programme avait été mené au Congo Brazzaville, de l’autre coté du fleuve, peut-être aurait-on pu éviter le pire… Il est remarquable de voir qu’au niveau européen, un cloisonnement continue d’exister entre les missions de défense PeSDC et les autres pans de l’action européenne (développement, protection civile…) malgré l’existence des nouvelles structures mises en place par le Traité de Lisbonne.

Une sécurisation peu couteuse

Ainsi un dispositif de stockage des armements a été mis en place au camp de Kokolo, avec la création de salles de stockage bien séparées, aux accès limitées (avec des portes blindées) et temperées. Coût pour les deux dépôts : 10.000 euros. Ce qui est somme toute minime. Un tel équipement se veut un modèle. « Il ne s’agit pas de faire de la haute technologie. Mais d’avoir des dispositifs facilement reproduisibles ailleurs. » L’accent logistique est d’ailleurs une des priorités définies par les forces armées congolaises, pour l’année 2012, avec l’appui de la mission européenne.

La formation, clé de voûte de la mission EUSEC

Un petit mot supplémentaire sur cette mission qui effectue un travail discret dans un contexte difficile. Le travail important consiste à remettre sur pied les institutions de formation des armées, à tous les niveaux. le projet a démarré en janvier 2010. L’Ecole d’Administration de Kananga a été réhabilitée, comme les locaux destinés à accueillir les stagiaires, les formateurs et leurs familles.

L’Académie Militaire a recommencé à fonctionner, après une fermeture de plus de 15 ans…. Elle devrait former simultanément jusqu’à environ 400 élèves, une situation qui sera normalement atteinte en 2013 quand l’Académie Militaire aura terminé la formation de la 26e promotion et recruté trois contingents de stagiaires. Une partie de l’aide a consisté à assurer la réhabilitation des bâtiments et infrastructures, ainsi que la mise en place de matériel, financées par la Commission Européenne. Mais le gros du travail des Européens a été d’aider à établir le contenu des cursus de formation des élèves officiers, de déterminer le processus de sélection des stagiaires … et des enseignants et de préparer les manuels d’instruction (une mission opérée également avec l’aide d’un programme de partenariat militaire belge pour former les formateurs). Il a fallut démarrer de 0 : du matériel scolaire de base (cahiers, stylos) jusqu’aux manuels.

La formation s’adresse à des sous officiers (sous lieutenant, lieutenant…) qui ont parfois déjà le grade dans l’armée mais n’ont jamais reçu de formation. La moindre des difficultés n’a pas été de parvenir à mêler les différentes origines des stagiaires, a raconté un officier européen à B2 : « Il a fallu trouver un équilibre entre les différentes régions », notamment des provinces de Kasai, de Bandundu et Maniema.

Lire aussi : La MIC déclenchée après les explosions à Brazzaville

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).