Trois officiers européens de haut rang à Mogadiscio

(BRUXELLES2, exclusif) L’information diffusée par B2 dans ses “confis” est désormais confirmée coté européen. Le président du comité militaire de l’UE, le général Håkan Syrén, accompagné du commandant de l’opération Atalanta, le contre-amiral britannique Duncan Potts, et le chef de la mission de formation des soldats somaliens (EUTM), le colonel irlandais Michael Beary se sont rendus à Mogadiscio pour discuter avec les autorités nationales. L’information avait été gardée confidentielle, jusqu’au dernier moment, pour des raisons de sécurité. Mais c’est en soi une première.  Jusqu’ici aucun officier européen n’avait posé, officiellement, le pied à Mogadiscio. Et on se souvient qu’il y a toujours un otage – un agent de la DGSE française aux mains des Al Shabab. C’est en quelque sorte le signe d’un semblant de normalisation de la capitale somalienne, redoutée jusqu’ici comme la peste. Et ce n’est pas le seul.

Les trois officiers généraux ont rencontré des représentants du gouvernement fédéral de transition et des régions semi-autonomes du Puntland et de Galmudug (NB : mais pas du Somaliland qui refuse souvent de participer aux travaux de l’autorité centrale). Les entretiens ont porté sur la stabilisation de la Somalie et la lutte contre la piraterie. Les Européens ont notamment réaffirmé le besoin d’une coopération plus étroite des autorités somaliennes ; la sécurité du pays ne pouvant être soutenue par l’avancée du processus politique. Celui-ci est en effet en partie bloqué. Ainsi la Somalie n’a toujours pas adopté de législation permettant de considérer la piraterie comme un crime. « Le problème de la sécurité en Somalie est aussi notre problème  – a ainsi précisé Duncan Potts – et nous devons les combattre tous ensemble ». L’objet de la discussion était également de pouvoir préciser les contours de la future mission civile de renforcement des capacités maritimes, qui comporte un important volet en Somalie.

Une autre visite officielle 

(crédit : Foreign Office UK)

William Hague, le ministre britannique des Affaires étrangères, était également en visite à Mogadiscio, jeudi (2 février). La première visite officielle d’un ministre britannique depuis presque 20 ans, précise-t-on au Foreign office. Et la première visite, tout court, d’un officiel occidental depuis des années (*). Le chef de la diplomatie britannique a rencontré le président Sharif Sheikh Ahmed, le Premier ministre et le maire de Mogadiscio mais aussi le chef de l’AMISOM, la mission de l’Union africaine pour la Somalie, le Général Fred Mugisha. « Les problèmes de la Somalie ne se résolveront pas en une nuit. Mais le Royaume-Uni espère que la conférence organisée à Londres (dans quelques semaines) agira comme un catalysateur pour un nouvel effort de long terme international et somali » a-t-il précisé.

Le nouvel ambassadeur du Royaume, Matt Baugh, a présenté ses lettres de créance. Mais contrairement à ce qu’ont précisé certains médias, il ne résidera pas sur place. Il sera basé à l’ambassade de Nairobi (au Kenya). Les Britanniques cherchent aussi rouvrir leur ambassade dans la capitale somalienne ; « aussitôt que possible,dès que les circonstances locales le permettront ».

(*) Le prince héritier saoudien avait fait une visite il y a six mois à Mogadiscio, le 27 août, au nom de la Fondation humanitaire Alwaleed, qu’il préside.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).