Tragédie grecque, drame européen

Ce qui se passe en Grèce, entre la Grèce et l’Europe, au sein de l’Europe est inquiétant. Plus que la crise, et les mesures prises pour la juguler, c’est la méthode et la manière qui sont en cause. Car chacun peut s’identifier aux Grecs demain. L’éditorialiste du De Morgen, quotidien flamand, Koen Vidal, expliquait jeudi que « Ce que nous voyons aujourd’hui en Grèce a peu de choses à voir avec le rêve européen ». C’est fort juste.

Trop, trop vite… jusqu’à que cela craque ?

L’inquiétude sourd, les peuples se distendent, le rêve d’une solidarité européenne paraît confiné à un horizon de plus en plus réduit et de moins en moins partagé. A quoi sert de vous tendre la main si c’est pour vous couper la main une fois à terre ? A quoi sert de se serrer la ceinture si c’est pour devoir se serrer la ceinture demain ? On exige trop des Grecs, et trop vite. Aujourd’hui, ce n’est plus peut-être plus tout à fait une question économique. Mais tout simplement une question de dignité, d’honneur. On ne peut pas bafouer indéfiniment les peuples, les populations. Il existe un moment, impossible à déterminer par avance où le lien, aujourd’hui très ténu, craque.

Politique du développement ou politique d’enfoncement

Cela est un double non sens. Si durant plusieurs dizaines d’années, certaines réformes n’ont pas été faites ; on ne peut pas exiger de les faire aussi rapidement, en quelques mois ou quelques années. Il faut impliquer davantage la population. La position européenne est assez extraordinaire : pour les pays bénéficiaires du développement, elle a développé plusieurs mots clés : « appropriation », « démocratie », « développement durable », avec la clé souvent des « remises de dettes ». Ceux-ci semble oubliés ici. La Grèce est sous tutelle, l’idée de Papandréou de soumettre le plan de rigueur à un référendum a suscité une levée de bouclier ; quant à la durabilité du plan économique, on sait qu’il n’a comme horizon que quelques semaines, voire quelques mois. Quant à la durabilité du gouvernement, on peut plutôt parler en jours. Le départ de l’extrême-droite du gouvernement la met en position de diriger l’opposition, ce qui confère à l’imbécilité.

Responsabilité européenne

Pire que tout, il me semble, c’est la volonté de culpabiliser les Grecs de façon collective. Or, si le déficit grec a été caché : il y a une responsabilité grecque mais également une coresponsabilité européenne. Il est assez difficile à comprendre comment pendant plusieurs années, les responsables politiques européens, les organismes statistiques, n’ont pas vu le trou se creuser, la Grèce ne pas faire les réformes structurelles nécessaires. Il y a là une cécité qui ne peut pas absolument donner lieu à une introspection et à une remise à plat. Nous sommes un peu tous des Grecs en puissance, en quelque sorte… L’Europe est aujourd’hui en train de vaciller sur son socle essentiel : sa légitimité.