Le Luxembourg plaide pour des consulats européens

(BRUXELLES2) Comme plusieurs pays (*), le Luxembourg milite pour renforcer le  Service européen d’action extérieure (SEAE), particulièrement en lui donnant un rôle en matière de protection consulaire. Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, l’a expliqué en détails à la conférence diplomatique en Lettonie, fin décembre. C’est une question à la fois de principe et pratique. « Au moment où monte l’euroscepticisme, il est important que le public voit de façon concrète ce que l’Union européenne peut offrir à nos citoyens. Quand une catastrophe surgit dans un pays ou et que nos citoyens ont besoin d’aide ou d’information, la délégation de l’UE sur place devrait être capable d’offrir un soutien à nos soutiens« .

Les citoyens doivent pouvoir demander l’assistance de la délégation de l’UE

En pratique, le réseau européen est très étendu et dispose de davantage de représentations que ne peuvent en offrir des pays qui n’ont qu’une représentation plus limitée dans le monde. Le Luxembourg a déjà certains arrangements consulaires avec d’autres pays comme la Belgique. Mais cela pourrait être développé. « Nos citoyens peuvent être alors assistés par les ambassades et consulats de Belgique si besoin. Pourquoi les délégations de l’UE ne pourraient pas avoir des arrangements similaires et offrir ce type de soutien à tous les citoyens de l’UE ? » se demande-t-il. Plusieurs pays (*) ont ainsi commencé à travailler sur les tâches consulaires spécifiques que pourraient remplir les ambassades de l’UE. « J’ai l’intention de pousser cette initiative avec tous les moyens possibles, parce que c’est non seulement bon pour les petits pays qui ne sont pas présents partout dans le monde mais parce que c’est bon aussi pour l’Union européenne en général et la perception qu’a la population de l’UE. »

Prendre des initiatives

Le Luxembourg est un des pays signataires de la » lettre des 12″ (**) et plaide pour un renforcement des méthodes du SEAE, un meilleur partage de l’information sur place dans les pays tiers mais aussi une plus étroite association des Etats aux procédures de recrutement. « Les représentants des Etats membres doivent pleinement participer aux jurys qui sélectionnent les candidats. Sans cela, comme être sûr que les compétences traditionnelles des diplomates des Etats seront appréciées justement« , explique Asselborn. De façon plus générale, il estime qu’il faut croire au service diplomatique européen, et que son renforcement est nécessaire. « Sa mission première est d’assister la Haute représentante. » Mais pas seulement. « Il ne doit pas permettre seulement à Lady Ashton de représenter l’UE mais aussi, et c’est capital, de développer une politique, de prendre des initiatives et de construire activement des consensus autour d’elles« . Un message à peine déguisé à la Haute représentante elle-même…

La méthode communautaire, for ever

Le ministre luxembourgeois a aussi placé son intervention sous le signe d’un vigoureux plaidoyer en faveur de la méthode communautaire, la « seule méthode de prise de décision réellement démocratique et durable, même dans des temps troublés« . Cette méthode « assure que les droits et intérêts de n’importe quel Etat ou partie privée sont protégés sur la base d’un système démocratique et équitable » explique-t-il, avant de lâcher : « La règle du plus fort n’a pas de légitimité dans l’Union européenne, elle n’en a jamais eu, et n’en aura jamais. » Une allusion très claire à l’initiative de l’Allemagne et la France sur le compact fiscal prise avant le dernier sommet de décembre. « Il y a une tendance rampante à vers l’intergouvernementalisme à se propager dans l’UE ». Mais celui-ci ne paraît pas la bonne méthode se plait-il à illustrer avec un exemple. Le dernier sommet à Bruxelles n’a-t-il pas décidé au moins sur quelques points (sanctions automatiques, participation du secteur privé), le contraire de ce qu’avaient convenu l’Allemagne et la France, tous seuls, à Deauville.

(*) pays du Benelux, pays Baltes, Suède et Finlande.

(**) Lire : La lettre des Douze sur le service diplomatique européen. Que des « suggestions » !

Texte du discours dans les docs de B2

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Le Luxembourg plaide pour des consulats européens

  • 5 janvier 2012 à 20:24
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    Un passeport européen, un service consulaire européen, des formalités communes, une prise en charge et une assistance aux Européens hors d’Europe, c’est européen, mais c’est aussi l’occasion pour les Etats de faire des économies d’échelle sur les services consulaires (et de concentrer les moyens des ambassades sur l’aspect politique), et d’alléger le coût de fonctionnement de nos Etats. L’union fait la force, l’union fait aussi les économies pour les contribuables… c’est bien dans ce sens qu’il faut prendre en compte l’idée luxembourgeoise… et non pas créer une nouvelle couche « européenne » de service consulaire (pas de doublon SVP).

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