Bloggueur ou ministre, il faut choisir. Changement de tête pour la diplomatie roumaine

Diaconescu prête serment (Crédit : ministère roumain des Affaires étrangères)

(BRUXELLES2) Teodor Baconschi, le ministre des Affaires étrangères roumain, a été débarqué par le président de la République, Basescu. Pour un mot de trop. Alors que la capitale roumaine est l’objet de manifestations répétées depuis quelques jours, le Ministre a eu la plume un eu trop facile. Sur son blog, il avait apostrophé les protestataires en les traitant de « banlieue ignare et violente ». Remarque plutôt malvenue pour celui qui avait peu de temps avant, nommé justement par le parti au pouvoir négociateur avec la société civile. Le président Traian Basescu, en butte aux manifestations répétés, n’a pas hésité trop longtemps à faire sauter un fusible, membre de son parti (le parti démocrate libéral). Profitant de la présence du ministre bloggeur  à Bruxelles – pour le Conseil des ministres de l’UE – il lui demande de faire ses valises. A sa place, est nommé un « ancien », Cristian Diaconescu, qui a prêté serment d’investiture, mardi 24 janvier.

Juriste, diplomate et homme politique

Né en 1959 à Bucarest, diplômé de la faculté de droit en 1983, Diaconescu a été plusieurs fois ministre : secrétaire d’Etat aux Affaires bilatérales, aux Affaires européennes, ministre de la Justice et (déjà) des Affaires étrangères (2008-2009). Il commence par exercer la profession de juge d’abord au tribunal d’Ilfov puis comme juge au tribunal de Bucarest, secteur 4. Secrétaire adjoint en charge des questions politico-idéologique, étudiants communistes au bureau de l’Association des étudiants, il devient membre du parti communiste roumain (passage quasi-obligé). En 1990, il entame une carrière au ministère des Affaires étrangères d’abord comme diplomate à la représentation permanente auprès de l’OSCE et comme coordinateur du département de la coopération politico-militaire au ministère ; il occupe également le poste de directeur général de la DG affaires juridiques et consulaires à Bucarest.

Dans les années 2000, nouvelle orientation, il démarre, en 2001, une carrière politique comme secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères chargé des affaires bilatérales. Il apure notamment les questions de frontière avec l’Ukraine, de protection des minorités et de frontière avec la Hongrie et signe un traité politique de coopération avec la Russie. Il adhère au PSD, le parti social démocrate en 2002. En 2004, il est nommé secrétaire d’Etat aux Affaires européennes à un moment clé où la Roumanie est mise dans la salle d’attente de l’adhésion à l’Union européenne. Puis il devient ministre de la Justice dans le gouvernement d’Adrian Nastase (mars à décembre 2004). Il reviendra au gouvernement ensuite comme ministre des Affaires étrangères du gouvernement d’Emil Boc (décembre 2008 à octobre 2009). Il démissionne du gouvernement à l’automne 2009 suivant un mouvement général des ministres PSD qui veulent protester contre la mise à la porte du ministre de l’Intérieur. Membre d’un courant minoritaire au sein de son parti, il le quitte pour fonder en 2010 l’UNPR (Union nationale pour le progrès de la Roumanie), dont il est aujourd’hui président.

Précisons aussi qu’il a gardé quelques fonctions pédagogiques, enseignant notamment au Collège de défense nationale, dont il est un des membres fondateurs. Il a tenu des conférences sur les thèmes de la coopération et la sécurité européenne et les structures euro-atlantiques, un de ses thèmes fétiches.

La situation en Roumanie inquiète certains eurodéputés roumains comme la social-démocrate Rovana Plumb qui demande un débat au Parlement européen sur le sujet (comme pour la Hongrie). Pour comprendre ce qui se passe en Roumanie, lire : « Indignés » de Roumanie : les raisons de la colère (dans le Courrier des Balkans).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).