Berlin veut fourguer ses Eurofighter. Pas tout de suite répond Sofia

(crédit : Bundeswehr)

(BRUXELLES2) La visite en Allemagne du Premier ministre bulgare Boïko Borissov, les 17 et 18 janvier prochains devrait être l’occasion de discuter de façon plus approfondie de l’acquisition par la Bulgarie de chasseurs Eurofighter d’occasion. Une commande qui pourrait porter sur huit appareils. L’Allemagne proposerait un package complet incluant la formation des pilotes bulgares, selon le quotidien bulgare Standart. Ces entretiens ont pour objet principal la crise financière mais aussi le remboursement par la Bulgarie du prêt contracté pour les nouvelles motrices Siemens.

Les surplus allemands vers l’Est

Cette revente d’appareils d’occasion par l’Allemagne ne serait pas isolée selon le quotidien économique Financial Times Deutschland qui a lancé l’information. Plusieurs autres pays d’Europe sont intéressés par l’acquisition d’un avion récent à un prix qui n’est pas prohibitif : la République tchèque, la Croatie, la Slovaquie ou la Roumanie. Un moyen pour la défense allemande de trouver de nouvelles ressources qu’elle ne peut plus trouver dans le budget fédéral, soit pour procéder à de nouvelles acquisitions (point qu’a démenti le ministère allemand de la défense, il n’est pas question de passer à la troisième tranche d’Eurofigther et d’acheter 37 appareils de plus), soit pour entretenir et moderniser les équipements existants.

Du beurre et de la culture plutôt que des armes

Le Premier ministre a cependant démenti cette assertion, mercredi dernier à Bourgas, ainsi que le rapporte l’agence bulgare Novinite : « Nous avons de bons appareils Mig, en excellente condition. Avec tout le respect que j’ai pour les industriels militaires, je préfère que nous investissions notre argent dans la science, la culture, l’éducation (NB : le premier ministre inaugurait un théâtre rénové). Une des principales discussions difficiles que j’aurai avec (la Chancelière) Merkel sera de lui expliquer que nous ne pouvons pas utiliser 150 millions d’euros pour payer ces chasseurs dans un temps de crise ». Ce que la presse bulgare résume en un slogan “selon le principe du “beurre plutôt que des armes”. L’appel d’offres prévu de longue date pour ces avions pourrait d’ailleurs être repoussé à 2013 comme l’a précisé récemment le ministre de la Défense, Anyu Angelov.

Une flotte à remplacer et des pressions multiples

La Bulgarie dispose aujourd’hui de Mig 29, un avion russe relativement récent, mais qui devrait être remplacé à l’horizon 2015. Dans son plan d’équipement, l’armée bulgare prévoyait de renouveler ses avions en s’équipant d’avions multi-rôles plus récents, et surtout interopérationnels avec ceux de l’OTAN. Plusieurs avions sont en lice : l’avion américain F-16 ou le F-18, le Suédois Gripen et l’Européen Eurofighter. Et les Américains, dans le passé, ne se sont pas privés – par la voie de leur ambassadeur sur place -, de faire pression sur les autorités bulgares pour les inciter à renoncer à l’acquisition de matériels européens, trop couteux selon eux, et à développer plutôt leur armée de terre et acheter moins cher… c’est-à-dire américain. Un télégramme de Wikileaks a révélé ainsi les démarches de l’ambassadeur américain à Sofia, John Beyrle (Pour ceux qui veulent aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez lire l’article en bulgare paru dans le Standart il y a un an ou en français l’analyse du journaliste Alexandre Levy sur l’achat des corvettes françaises).

Commentaires : Jusqu’à présent, la revente d’appareils d’occasion était le secteur favori des Américains qui permettaient ainsi de renouveler leur propre flotte et de garder à leur production nationale une certaine prééminence en Europe. La mise sur le marché par les Allemands d’un lot d’Eurofighter modernes pourrait conduire à un standard plus européen. On ne peut cependant s’empêcher d’apprécier le double langage non seulement des Américains mais aussi des Européens. D’un coté, nous avons une Angela Merkel inflexible sur les dettes, prête aux pires sanctions pour les Etats qui ne respectent pas l’orthodoxie budgétaire ; de l’autre, nous avons la chancelière allemande, beaucoup plus coulante, quand il s’agit d’écouler ses surplus militaires.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Berlin veut fourguer ses Eurofighter. Pas tout de suite répond Sofia

  • 8 janvier 2012 à 11:55
    Permalien

    Bonjour,

    Pour étayer votre propos, je vous propose cette lecture d’un site spécialisé dans les productions d’armements soviétiques et russes :

    http://www.red-stars.org/spip.php?article241

    Ainsi, les Mig-29 slovaques ont été modernisés et “otanisés” par une entreprise locale avec le concours de RSK-MIG.

    “Il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, il s’agit de matériel bon marché. Un MiG-29 neuf coûte environ 25 à 30 millions de dollars, alors que le F-16 américain d’occasion que les Etats-Unis fournissent à la Pologne coûte 40 à 50 millions de dollars. La modernisation du MiG revient quant à elle entre 5 et 7 millions de dollars, en fonction du volume et de la complexité des travaux.”

    “En faisant abstraction des MiG slovaques, il convient de constater que les spécialistes russes peuvent assurer une compatibilité totale, sans enfreindre la confidentialité otanienne, avec les exigences du système de reconnaissance adopté dans l’OTAN. En Grèce, pays qui fait partie de l’Alliance depuis longtemps, tout le système de DCA, à commencer par les systèmes portables de missiles Igla jusqu’aux systèmes de missiles de courte, moyenne et longue portées Tor-M1, Buk-M2 et S-300PMU1 “Favorit”, est constitué de missiles russes, mais leur système automatique de reconnaissance comporte des codes de l’Alliance de l’Atlantique Nord. Il est intégré dans le matériel de guerre russe sans le moindre risque de voir les secrets militaires sensibles être dévoilés. C’est un argument de plus contre les hommes politiques et les généraux de Bruxelles et de Washington qui avancent toutes sortes de prétextes, et le plus souvent, l’incompatibilité technique et technologique, pour empêcher les livraisons de matériel de guerre russe en Occident. Il est parfaitement clair qu’il ne s’agit pas de barrières techniques, qui n’existent pas, mais d’un désir de promouvoir les intérêts économiques et financiers des firmes d’armements occidentales. Et dans ce contexte, les intérêts économiques et financiers de certains “petits” pays sont souvent négligés.”

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