Le risque terroriste au nord du Nigéria inquiète

Gilles De Kerchove (crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Lors d’une audition au Parlement européen, à la sous-commission défense, le 29 novembre, le coordinateur européen de la lutte anti-terroriste Gilles de Kerkhove a tenu à souligner combien l’Europe devait s’intéresser à la situation dans le Sahel, entre la gestion de l’après-conflit libyen, le développement d’Aqmi et l’apparition d’un groupe terroriste dans le nord du Nigéria, les risques se multiplient. « l’UE devrait être davantage présente dans cette région» a-t-il expliqué. La montée en puissance des Boco Haram et leur potentiel de recrutement et de radicalisation rendent «nécessaire une adaptation de la stratégie du Sahel » a-t-il souligné. Si les 27 le décident, la mission “Sahel” devrait être « civile, très légère, et au nord du Nigéria ».

Le risque Aqmi et Boco Haram

Selon Gilles de Kerkhove, il y a trois défis au Sahel : 1. gérer les conséquences de la crise libyenne, que ce soit en termes de prolifération d’armes de tout calibre que de retour des anciens combattants vers leurs pays d’origine, avec les déséquilibres qui en découlent. 2. le rôle du Aqmi: la branche d’Al-Qaîda, née en Algérie, s’africanise et s’enracine. « Elle assume le rôle qui fut celui du Hezbollah devenant un pourvoyeur de services sociaux là où l’État est absent ». Elle se diversifie et augmente ses effectifs, ainsi que ses liens avec les autres organisations terroristes du continent (les Al-shabab somaliens et Boco Haram au Nigeria). 3. les Boco Haram, que l’on dénomme également les “talibans de l’afrique”, dans le nord du Nigeria, voit leur activité favorisée par l’extrême porosité des frontières.

L’envoi d’une mission PSDC demandée par plusieurs députés

La nécessité d’une mission PSDC est partagée par plusieurs eurodéputés, de différents bords. Le Français Arnaud Danjean (UMP / PPE) comme la Portugaise Ana Gomes (Soc / S&D) ont plaidé chacun pour l’envoi d’une mission PSDC, considérée comme «indispensable » avec la crainte que non seulement certains États membres mais aussi les structures du service diplomatique européen (SEAE) marquent « des réticences».

Une réticence qui nous avait déjà été indiquée par certains diplomates et qui a été confirmée lors de cette audition. Ceriani Sebregondi, chef de la division Afrique de l’Ouest au SEAE a ainsi confirmé que la mise en œuvre de la stratégie “Sahel” est bien avancée pour ce qui est du volet “développement”. En revanche, pour le volet “sécurité” (notamment la mission PSDC),  l’UE est « à la traîne ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).