Une task force « défense » à la Commission européenne

(BRUXELLES2) Michel Barnier, le commissaire européen chargé du Marché intérieur, vient de le confirmer officiellement il y a quelques minutes à Bruxelles. La Commission européenne a mis en place en son sein, une « task force défense » qui permettra de regrouper tous les services de la Commission européenne s’occupant de défense (*), tout comme l’Agence européenne de défense et le service diplomatique européen. Première réunion demain (8 novembre) Il faut avoir « une réponse cohérente et ambitieuse pour organiser les marchés face aux défis de la sécurité » a expliqué le commissaire devant un parterre choisi, composé d’ambassadeurs et d’industriels de la Défense, réuni pour le « Security and Defense Day ».

Préserver une base industrielle commune

Cette task force aura quatre tâches :

  • 1° Suivre la bonne application des directives défense.
  • 2° Créer un débat sur la politique industrielle, garder une capacité de veille stratégique. « Nous avons eu une ambition industrielle au début de la construction européenne, les industriels l’ont eu en créant Airbus, nous l’avons eu avec l’espace, pour Galileo, j’aimerai que les Européens retrouvent cette audace industrielle » a déclaré le commissaire, s’exprimant « à titre personnel ». « L’Europe ne doit pas renoncer à être une terre de production et ne rester qu’une terre de consommation. Je ne vois pas pourquoi nous serions plus naïfs que les Américains chez eux ou les Chinois. »
  • 3° accentuer les efforts de normalisation et de recherche. « Le lien est de plus en plus ténu entre défense et sécurité, les technologies sont similaires et les industries qui le produisent sont identiques, il faut éviter de payer 2 fois pour les mêmes produits » a indiqué Michel Barnier.
  • 4° veiller à notre sécurité d’approvisionnement.

L’outil militaire plus que jamais nécessaire

Dans un vibrant plaidoyer, qui dépasse son strict mandat de commissaire (il a d’ailleurs pris bien soin de préciser qu’il parlait « à titre personnel »), Michel Barnier a lancé un appel à garder une politique européenne de défense et une politique européenne tout court. « L’outil militaire reste nécessaire pour les pays. La coopération européenne est sans doute difficile. Mais elle est indispensable. Aucun pays, du plus grand au plus petit, ne peut plus se défendre tout seul. » a-t-il fait observer. Il a mis en garde aussi les Etats membres de l’Union européenne comme les Etats-Unis « L’Alliance atlantique repose sur deux pieds (Mais) aujourd’hui le pied européen est fragile. Nous avons besoin d’Europe et non pas de moins d’Europe. La bonne voie sinon la seule (pour les politiques de défense) est de mutualiser davantage nos moyens nationaux. »

Mutualiser : la seule voie

Il y a au moins « trois bonnes raisons pour coopérer – a détaillé ensuite le commissaire – : faire face aux défis de sécurité ; préserver une base industrielle permettant de produire chez nous ces outils militaires ; créer un marché de défense et de sécurité suffisamment large pour que nos industries européennes restent compétitives chez nous et dans le monde. » Voilà en quelque sorte la feuille de route « politique » de la nouvelle task force.

(*) Cette task force, selon nos informations, sera co-présidée par deux haut fonctionnaires – de la DG Marché intérieur (Pierre Delsaux) et de la DG Entreprises (Daniel Calleja Crespo) -, et associera plusieurs autres DG (Intérieur, Transport, Commerce…), ainsi que le service diplomatique (SEAE) et l’Agence européenne de défense.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).