Un cercle de bonnes pratiques pour ne pas économiser « bête »

(BRUXELLES2) La réunion des ministres de la Défense aujourd’hui devrait être l’occasion de mettre le doigt sur un problème sensible dans les différents pays : la peur de voir s’envoler les économies réalisés. Sur ce point, tous les ministres de la Défense sont sensiblement unanimes et tous aussi inquiets. A quoi bon faire des économies si tout repart dans le budget général ? De nombreux ministres militent donc pour qu’au moins une partie des économies réalisées soit réinvestie dans la défense. Et tous (ou presque) se heurtent à la volonté opposée de leur ministre des Finances qui voit cela d’un oeil pas automatiquement clément. Sur ce sujet, il est difficile de travailler à des décisions juridiques, « dures ». Tout est dans l’art et la manière. Avec souplesse et tact. Il n’est pas question de trop fâcher ses collègues de gouvernement, surtout les tout puissants ministres des Finances. L’Agence va donc déclencher un cercle « d’échanges de bonnes pratiques » sur les économies et les retours sur investissements. Eh oui !

Dans les différents pays, en effet, existent des procédures, souvent codifiées, qui permettent ou facilitent cette répartition. En France – et dans d’autres pays – existe ainsi la loi de programmation pluriannuelle qui permet de planifier les investissements sur plusieurs années, au besoin de les reporter si nécessaire, mais du coup de pas les perdre. Dans d’autres pays, existe un autre système de « retour sur service » : la Défense qui réalise une prestation, un service pour un autre ministère ou agent public se voit rémunéré pour service rendu (ou du moins voit son budget crédité de la somme. Il existe aussi le dispositif de génération de recettes par la revente de matériels anciens ou inutilisés, comme les frégates en Belgique ou les A400M en Allemagne.

Cet échange restera cependant « informel » entre les différents ministères. Et c’est l’Agence qui servira de plate-forme à celui-ci. Pour Claude-France Arnould, la directrice de l’Agence, « C’est l’intérêt de tous. Ca limitera les freins au pooling and sharing. Si les ministères de la Défense savent qu’ils perdent l’argent, ils sont très réticents à engendrer des économies, il y a une sorte de réaction défensive du corps. Au contraire, s’ils savent qu’ils peuvent récupérer une partie des économies réalisées, cela sera plus facile. Et ca facilitera le travail de tout le monde. »

La défense réinvente en quelque sorte l’intéressement…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).