Le ministre de la Défense espionne les journalistes voire plus, il prend la porte

(BRUXELLES2) Empêtré dans un scandale d’écoutes illégales, le ministre slovaque de la Défense Lubomir Galko va quitter ses fonctions. Même si son parti, le parti libéral « Liberté et Solidarité » SaS, a fait la sourde oreille (*), la Premier ministre, Iveta Radicova, a demandé la démission de l’intéressé. Ce qui a été obtenu aujourd’hui (23 novembre) par la signature d’un décret par le président de la République.

Le renseignement militaire à la manoeuvre

Les faits sont cependant suffisamment graves. Le ministre aurait fait écouté par les services de renseignement militaire (VOS) trois journalistes du quotidien Pravda. Des écoutes justifiées par le fait qu’ils auraient participé à la fuite d’informations sensibles du ministère de la Défense se justifie-t-il. « Quand nous avons connaissance d’activités criminelles, nous ne faisons pas de différence entre les politiciens, les citoyens et les journalistes ». Pavol Brychta, le chef de l’agence VOS, a reconnu lors d’une audition qui s’est tenue à huis clos au parlement mardi que les téléphones des journalistes avaient été mis sur écoute dans le cadre d’une enquête pour des crimes économiques. Or le VOS n’a pas de pouvoir d’enquête sur le territoire national, et les écoutes doivent être effectuées sous contrôle judiciaire, ainsi que l’a rappelé I. Radicova à son ministre. A l’initiative du quotidien Pravda, les rédacteurs en chef des principaux quotidiens slovaques ont ainsi lancé un appel commun à une enquête approfondie et à la protection de la liberté de la presse.

Comme au bon vieux temps, l’opération « Dama » (Lady)

Cette résurgence d’une pratique de la police secrète qu’avait connue la Tchécoslovaquie placée dans l’orbite soviétique dans les années 1970-80 passe d’autant plus mal à Bratislava qu’apparemment elle n’est pas un fait isolé. Selon le quotidien Novy Cas, une opération aurait même été montée – l’opération « The Lady ». Objectif : procéder à des écoutes sur… la Première ministre Radicova, notamment sur une affaire impliquant un secrétaire d’Etat à l’Economie.

Un remplaçant à nommer

En attendant la nomination d’un successeur, c’est le secretaire d’Etat à la Défense, Róbert Ondrejcsák, qui était encore il y a peu directeur du Centre for European and North-Atlantic Affairs (CENAA) qui assure l’intérim.

(*) Le SaS était le même parti qui avait bloqué le soutien de la Slovaquie au Fonds européen de stabilité financière (FESF) en octobre obligeant le gouvernement à requérir le soutien de l ‘opposition, sous le regard attentif et inquiet des autres membres de la Zone euro. Un évènement qui a conduit à une nette perte de crédibilité de la Slovaquie sur la scène européenne.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).