Opérations de l’UE = 0 en deux ans. Il faut se réveiller !

(crédit : Bundeswehr)

(BRUXELLES2, éditorial) Plusieurs opérations sont actuellement dans les cartons au service diplomatique : au Sud-Soudan, dans la Corne de l’Afrique ou au Sahel sans compter le reformatage des missions existantes (ALTHEA en Bosnie ou EUBAM-EUPOL en Palestine). Mais pour l’instant, on ne peut pas dire que l’activisme.

Au Sud-Soudan, l’objectif d’avoir une mission PSDC centrée sur la formation en sécurité de l’aéroport est retardé. Les autorités sud-soudanaises songent à transférer leur capitale. Et coté européen, on ne semble pas très pressé de mettre au point

Pour le Sahel, les Etats membres avaient demandé une stratégie mêlant sécurité et développement, avec des options PSDC notamment en matière de formation des forces de sécurité. Prévu pour le début de l’année, cette stratégie a périodiquement été repoussée. Et le bout de l’année pointe son année sans l’once d’une stratégie autre que de vagues recommandations. Quant à l’hypothèse d’une mission PSDC, elle est de plus en plus hypothétique.

Dans la Corne de l’Afrique, la mission de renforcement des capacités maritimes devrait être un des projets les plus concrets et dans la suite logique de la mission de lutte anti-piraterie. Mais elle traîne dans les labyrinthes du Conseil et du service diplomatique. Plusieurs papiers d’options ont été remis. Dont un encore récemment. On s’oriente désormais vers une mission plutôt réduite.

Depuis deux ans, aucune opération de la PSDC n’a été lancée. Ce qui est un record depuis le lancement de l’Europe de la défense en 1999, on n’a jamais connu une telle vacance et vacuité alors que tous les ingrédients sont réunis. L’UE a désormais des structures intégrées. Différentes menaces à la sécurité d’une intensité moyenne (là où l’UE excelle) existent. La nécessité d’un engagement supplémentaire de l’Europe est reconnue, voire demandée, par plusieurs partenaires comme les Etats-Unis, les Chinois ou les Africains. Mais l’Europe lambine, ethno-centrée sur ses petits problèmes d’organisation. Résultat : les structures de gestion de crises s’endorment, s’épuisent à concevoir concepts ou évaluations, mais n’arrivent plus à produire « la dynamique » nécessaire pour engendrer. Sans opérations, tout le dispositif de planification et de gestion de crises ne sert à pas grand chose. Et la notion « d’approche globale » de l’Union européenne devient bancale. Sans le « baton » d’une force d’intervention, le « soft power » peut se réduire très vite à des conversations aimables au coin du feu. La cause est connue : une absence de volonté, de détermination politique de passer par-dessus ces différents obstacles.

Sauf à vouloir immobiliser la machine PSDC, il va falloir un moment un regain d’énergie, et un sursaut de volonté politique. Ou opérer une révision drastique de l’approche globale, avec des instruments de l’UE réduits au niveau international à l’aide humanitaire, le soutien financier, le soutien au développement, et la diplomatie. Ce n’est pas le moment…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).