Un déjeuner pour la PSDC, à vot’ bon coeur

(BRUXELLES2) Autour de leur plateau repas, les 27 ministres des Affaires étrangères auront eu lundi (14 novembre), un sujet de cabaret sur lequel on peut se coincer ses mâchoires si on n’y prend pas garde : la politique européenne de sécurité et de défense commune. Il n’était cependant pas question de sortir les couteaux ou de se planter des fourchettes dans le dos, à écouter les différents protagonistes.

Apaiser le débat

L’heure n’était en effet pas à l’affrontement. Les positions de chacun sont désormais bien connues. « On est dans une logique d’apaisement, pour trouver une voie de sortie collective, et tester autour d’avancées concrètes » assure un diplomate d’un Etat membre. Pour faciliter la discussion, il n’y aura d’ailleurs pas de documents sur la table, ni de conclusions à attendre. Ce sera un moment « très utile pour nous mais peut-être décevant pour vous (la presse) » a esquissé un diplomate. Cette réunion est d’abord destinée à permettre à chaque ministre de s’exprimer et à préparer des décisions qui seront prises fin novembre début décembre par Ministre de la Défense et Ministre des affaires étrangères. « Il y a un moment où il faut une discussion au niveau politique pour touiller un peu et tester un peu les évolutions possibles » résule un diplomate. « Soyons réalistes » a lancé la Haute représentante, Catherine Ashton, résumant en termes concis la discussion

Un cycle de discussions initié depuis plusieurs mois

Cette discussion s’inscrit dans une séquence qui a commencé par la lettre des 3 pays du triangle de Weimar (Pologne, France, Allemagne). Pui a continué par un acte de bravoure, en juillet dernier, au conseil des ministres des Affaires étrangères, quand les presque 26 ont acculé le Royaume-Uni à brandir son sifflet et dire stop à l’idée d’un centre de planification et de commandement militaire pour les opérations de l’UE. Une « ligne rouge » pour les grands bretons. Depuis, il y a eu plusieurs discussions au sein du groupe de Weimar, de façon bilatérale, puis au conseil informel des ministres de la Défense.

A la recherche d’une solution… invisible

La question de l’OHQ reste un point dur d’achoppement. Les pays de Weimar + (Allemagne, Pologne, France + Espagne, Italie) avaient clairement manifesté leur intention d’aller de l’avant, au besoin de façon séparée. Cette option « autonome » paraît cependant aujourd’hui mise de côté, du moins provisoirement. L’idée de la mise en place d’une coopération structurée permanente ne devrait pas faire ainsi l’objet de propositions de la part de la Haute représentante. « Ce n’est pas à l’ordre du jour » précise-t-on du coté de Catherine Ashton.  La question serait plutôt : « Comment faire en sorte que ce qui existe à Bruxelles en termes de structures et procédures peut être renforcée, ce qu’on appelle le cost efficiency. »

William Hague, d’ailleurs, avait bien dit en juillet qu’il ne voulait pas de nouvelle structure mais était prêt à étudier l’amélioration des structures existantes. Et c’est dans cette voie que l’on travaille.  « La question n’est pas d’avoir un quartier général, une nouvelle structure mais un système plus efficace. » Car aujourd’hui ce n’est pas vraiment le cas, poursuit ce diplomate européen. « A chaque fois il faut recommencer, recréer un OHQ, et on perd la mémoire des opérations précédentes, avec une autre organisation et méthode on pourrait réduire le coût et avoir un peu plus d’efficacité ».

En pratique, il faut donc trouver une solution qui satisfasse  le Royaume-Uni qui veut pouvoir dire : « rien n’a changé » et les autres pays qui veulent que cela évolue de façon drastique.« On va essayer de trouver une logique acceptable pour tous : moins pour les autres, plus pour les autres » commente un diplomate national. Selon moi, la voie de la réorganisation interne, sous la houlette de la Haute représentante, qui en a la capacité et le pouvoir, désormais, par le Traité de Lisbonne me paraît toujours la meilleure solution.

Le besoin d’un second souffle pour les opérations

Au-delà de la demande des pays de Weimar, cette discussion sera l’occasion pour Catherine Ashton de demander aux Etats membres de se « secouer ». Il existe un sentiment « que les opérations en cours ont besoin d’un nouveau souffle, d’un effort de tous les Etats membres pour apporter la contribution nécessaire pour ces opérations qui ont besoin. » explique un diplomate européen.

Ce blog avait déjà parlé des difficultés qu’avait le commandant d’Atalanta à avoir suffisamment de bâtiments sur place dans la lutte anti-piraterie ou du manque d’effectifs pour les unités de police (maintien de l’ordre) au Kosovo. Ces difficultés sont désormais ouvertement confirmées par un haut responsable du service diplomatique tout comme celles, qui ne datent pas d’hier, d’Eupol Afghanistan.

« On a besoin de voir un peu clair, d’avoir une claire indication des Etats membres de la volonté d’aller de l’avant. Nous devons voir quelles opérations pourraient être lancées à l’avenir – par ex. pour la réforme des secteurs de sécurité en Afrique (Côte d’Ivoire, Sahel, Corne de l’Afrique), et savoir surtout si les Etats sont prêts à y répondre ». Au niveau des capacités, il faut aussi avancer,  et voir sur quels projets chaque pays est prêt à avancer.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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